Ode à la cannette de bière. 28 février, Moissac.

Jeudi 28 février, l’après-midi. La plupart des gens sourient en me croisant, agrippé à mon Solex, dit le bouzingrin, avec un bol qui me sert de casque et mon chariot magique. Mon 5000 ronronne comme mon chat. Deux vitesses:une lente et une pas rapide. D’autres badauds font la grimace, me rappelant que je n’ai pas le droit de rouler sur la piste cyclable avec mon bouzingrin. Je leur dis gentiment que je n’ai écrasé, pour le moment, que des crapauds (c’est vrai). « Si les gendarmes vous arrêtent, c’est 135 euros ! » me rétorque un Tarn-et-Garonnais (avec un ton véhément, d’où le point d’exclamation). Je me méfie un peu. L’autre jour à Bordeaux, alors que je me dégourdissais les jambes à bicyclette, j’ai pris une amende, car mon VTT avait « un frein défectueux » (c’est aussi vrai que l’histoire des crapauds).
Après Montech, où j’ai acheté mon repas du soir dans un petit supermarché, la belle piste goudronnée disparaît. Chemin de terre. Ma remorque a des spasmes. Je me rends compte au bout d’un moment que j’ai perdu la poche contenant mon pique-nique. Demi-tour. Au bout d’un kilomètre, je retrouve mon saucisson. Au bout de deux, mon babybel. Au troisième, je récupère mon jambon. Mais aucune nouvelle de ma canette d’Heineken. Peut-être a-t-elle réussi à prendre un bateau ? Peut-être se prélasse-t-elle du côté de Moscou à l’heure qu’il est ? Tout ce que je sais, c’est que ma canette a disparu.
PS:la photo, c’est le reflet du soleil à travers les branches sur les eaux du canal.













