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Archive du mars 2008

Croix-roussiens du monde entier, unissez-vous! 30 mars, Lyon.

crieur

Entre eux, ils s’appellent les «Croix-Roussiens». Ou les «Pentards». Ils habitent à la Croix-Rousse, un quartier Lyonnais amarré en haut d’une colline. Quand ils descendent vers le centre-ville, ils disent qu’ils «vont à Lyon». Comme si leur quartier, berceau de la contestation ouvrière au temps de la révolte des Canuts, avait poussé sur une autre planète. J’y ai passé deux jours en attendant un bateau pour remonter la Saône, et je peux vous confirmer que les Croix-Roussiens ne sont pas des Lyonnais comme les autres. Ce quartier est encore un paradis pour les contestataires de tout poil. Sur les pentes, les squatters pullulent, les partisans de l’autogestion fourmillent, les artistes se multiplient comme le pain, et les buveurs de pastis, ces mécréants, vont finir par envahir le quartier. Le dimanche matin, un crieur public (photo) vient lire des messages postés la semaine par les Croix-Roussiens. Un média alternatif moderne sûrement. Cette fois, le crieur a relayé des coups de gueule de quelques Pentards sur la place centrale. Il a aussi exhorté les troupes: «Croix-Roussiens du monde entier, unissez-vous pour la révolution!» Deux femmes ont profité de l’occasion pour présenter leur remède contre l’abstention aux élections: la Carte Bancaire Electorale: «A chaque fois qu’un électeur vote avec cette CB, il pourra recevoir des cadeaux ou des dividendes.» C’est là que j’ai compris qu’à la Croix-Rousse, on ne rêve pas d’un monde meilleur. On le fabrique au quotidien. Pour fêter les 40 ans de mai 68 par exemple, les Croix-Roussiens vont participer au «Mai de la Commune», une grosse opération de réappropriation de la ville. Les organisateurs ont même frappé une nouvelle monnaie pour cette fête : «l’Heureux». Ce ne sont pas des balivernes, plusieurs commerçants jouent le jeu. Cette bonne idée m’a inspiré. Dimanche, j’ai commandé un picon-bière dans un bistrot des pentes, et j’ai voulu payer avec un sourire, parce-que j’étais heureux. Mais ça n’a pas marché. Je ne serai pas là en mai pour participer à cette fête, c’est dommage. Je serai peut-être sur le Danube. Là où l’Euro cartonne bien plus que l’Heureux.

30 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Je parle couramment le russe. 27 mars, entre Avignon et Lyon.

equipage waterway 

Economie oblige, tous les armateurs français font appel à des équipages étrangers. Sur le Waterway, entre Avignon et Lyon, j’ai eu la chance de partager le trajet avec deux Russes et deux Lituaniens (photo). Un bon entraînement pour quelqu’un qui s’apprête à envahir les pays de l’Est. Je crois que le cuistot, originaire de Kalingrad, m’a pris sous son aile (c’est celui avec la moustache à droite). Autant vous le dire de suite, nous n’avons pas parlé des dernières élections présidentielles russes avec Anatole. Tout simplement parce que je ne parle pas de langue slave, et qu’Anatole ne maîtrise ni le français ni l’anglais. Sur un bateau, les pilotes français et le reste de l’équipage se comprennent : ils parlent le patois de la navigation marchande, subtil mélange de gestes et de bruits venant d’une autre planète. J’ai donc opté pour les gestes. Si je me souviens des leçons d’Anatole, je pense pouvoir survivre à toutes les situations de la vie courante dans quelques mois en Russie. Petit lexique qui me servira de pense-bête.
-« J’ai une Peugeot 605 » : dire « PIDGOTE » et écrire 605 avec le doigt sur la table de la cuisine (ça marche aussi avec la table de la timonerie).
-« Ma fille est coiffeuse » : faire le signe des cheveux ondulés (femme) et mettre la main à mi-hauteur (petite). Etape suivante : faire tout simplement le signe des ciseaux avec les doigts. Il est possible de faire l’onomatopée « tchouik-tchouik » en même temps.
-« Je fais du bateau à voile en Mer Baltique » : dire « MER » et « KALINGRAD ». Ensuite, mettre une main allongée à la verticale devant la bouche et souffler dedans. Pour finir, faire flotter la main à l’horizontale et mimant les vagues.
-« Prends moi en photo ! » : dire « CLICK ».
-« Chez moi, il fait froid » : c’est le plus facile, il suffit d’imiter Michel Blanc dans les Bronzés font du Ski sur le télésiège.
-« Désires-tu partager le repas avec moi » : mettre une assiette remplie de nourriture devant son hôte et dire : « OK ».
-« J’ai eu un problème avec une durite dans la salle des machines. Cet incident technique explique pourquoi nous avons eu du retard hier et que tu as patienté comme un con toute l’après-midi à l’écluse d’Avignon » : montrer un moteur du doigt et dire « PSHIT ».

Finalement, le russe c’est facile. A condition de ne pas être manchot.
 

 

28 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Paroles de pilotes amoureux (chapitre 2). 27 mars, entre Avignon et Lyon.

corde 

La nuit a été courte. Je me suis assoupi sur un siège de la cabine de pilotage. Vers 1 heure du matin, Sylvain a remplacé Thierry à la barre. Ils ont encore échangé les places vers 6 heures. « Quand la société est pressée, elle fait appel à deux pilotes pour naviguer 24h/24 », explique Sylvain. Après 21 heures, il faut appeler l’éclusier de permanence pour lui «commander» une ouverture de porte. «Il ne faut pas se tromper sur les horaires. Sinon, c’est la soupe à la grimace assurée.»
Sylvain me raconte les anecdotes du fleuve : les grandes crues, les accidents mortels, la folie de certains pilotes, les relations parfois tumultueuses avec les éclusiers, les soirées entre mariniers dans tous les petits villages qui lèchent le Rhône, l’histoire des régions traversées, les potins de «radio canal», la typicité des différents terroirs (il me donne envie de déboucher une bouteille de Côte Rôtie), les superstitions des bateliers…

Il buvait l’eau du Rhône. Il me parle longuement de ce fleuve qu’il tente d’apprivoiser depuis presque 30 ans maintenant: «Le bateau, c’est comme ta femme. La rivière, c’est ta mère. Tu lui rends le respect qu’elle te donne et inversement. Il y a un courant qui passe entre toi et l’eau. Cela ne m’empêche pas de pisser dedans pourtant. Naviguer, c’est respecter la rivière. Elle te berce, elle te prend dans ses bras. Elle te gronde parfois comme une mère. Elle peut te faire une scène de ménage, mais le lendemain c’est oublié.» Sylvain me dit que pour être marinier, il faut avoir un grain. Qu’il a mal vécu le fait de se poser dans une école à l’âge de 5 ans: «Je ne comprenais pas le plaisir de vivre au même endroit, moi le gitan de l’eau. Avant, quand j’avais envie de me baigner, il me suffisait de sortir de la cabine et de sauter à l’eau.» A l’époque, il buvait l’eau du Rhône. Aujourd’hui, il ne s’y baignerait pas, même pour 10000 euros. A cause des ces industries qui polluent, encore aujourd’hui, son fleuve. «C’est ça le manque de respect.» Il me raconte les conditions de travail de son père artisan qui allait livrer des céréales en Russie à bord de son 38 mètres à l’époque. Il me dit aussi qu’il aimerait mourir sur un bateau. «Qu’on me recouvre d’un drap blanc et que me foute par-dessus bord.» C’est comme ça qu’il aimerait partir Sylvain. S’éteindre dans les bras de sa femme et disparaître dans ceux de sa mère.
 

 

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Paroles de pilotes amoureux (chapitre 1). 26 mars, entre Avignon et Lyon.

pilotes

L’équipage du Waterway est composé d’un commandant, d’un chef officier, d’un cuisinier, d’un mécanicien et d’un matelot. Ils viennent tous de Russie ou de pays appartenant à l’ex-URSS. Selon leur contrat, ils passent 3 à 4 mois à bord avant de repartir se reposer au pays. Un matelot ne touche même pas l’équivalent du Smic en France. Un commandant gagne peut-être 1800 euros. C’est rien à côté des salaires des Français. A Port-Saint-Louis, à l’embouchure du Grand Rhône sur la Méditerranée, l’équipage a embarqué hier deux pilotes français, Sylvain et Thierry (photo). Membres d’une association de pilotes indépendants du Rhône et de la Saône, ils sont les seuls capables à supporter les caprices de cette voie d’eau avec un fluvio-maritime entre les mains. (lire ce lien pour plus de précisions: http://www.fleuverhone.com/pousseur.html). « La loi n’empêche pas d’autres pilotes reconnus de venir sur le Rhône et de travailler à leur compte comme nous. Mais dans la réalité, il faut connaître ce fleuve comme sa poche pour éviter les accidents », explique Sylvain. « Quand les grenouilles pissent dans le fleuve » (quand les crues s’annoncent), ces professionnels sont les seuls à savoir naviguer entre Saint-Jean-de-Losne (au dessus de Châlon) et la Méditerranée. Les armateurs font donc appel à ces spécialistes de la navigation fluviale pour monter ou descendre les marchandises « en Arles » à Lyon ou à Châlon par exemple.

Un bateau se décline au féminin. « On a beaucoup de travail, témoigne Sylvain. Je suis plus souvent sur les bateaux qu’à la maison. Mais j’aime ça. Sur terre, je tourne en rond. » Ce quadragénaire fait partie d’une grande famille de mariniers. Il n’a jamais pu vivre comme un Terrien. Et il explique pourquoi son métier est une passion : « Nous travaillons avec des bateaux toujours différents, ça évite la monotonie. Un cargo, ce n’est pas comme une voiture. Il y a une relation presque fusionnelle entre la machine et l’homme. On dit UN bateau. Mais dans le monde des mariniers, un bateau, c’est féminin. On fait tout pour ne pas la mettre en colère. C’est peut-être choquant ce que je vais dire, mais je la respecte presque plus que ma propre femme. C’est mon moyen de transport, ma maison, mon gagne-pain, ma passion… Je fais partie de lui comme il fait partie de moi. Si je suis mauvais, je peux détruire mon bateau. Si lui n’est pas bon, il peut me tuer. Dès fois, j’ai l’impression que j’ai un sixième sens à la barre. Le cargo ne bouge pas et je sens pourtant qu’il va virer à droite ou à gauche. Alors je lui parle. Sans même prononcer de mots. »

 

28 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

J’attends le bateau comme un insomniaque le sommeil. 26 mars, Avignon.

avignon 

J’attends le Waterway depuis midi. Il y a quelques jours, ce bateau de 80 mètres a chargé 1400 tonnes de bobines d’acier au sud de l’Espagne, à Algeciras. L’armateur, Transitainer, vient juste d’acheter le cargo qui était sous pavillon hollandais. Vers 14 heures, je passe un coup de téléphone au pilote que j’avais contacté la veille par l’intermédiaire du boss de Transitainer. «On a un petit souci de moteur. On est coincé à l’écluse de Beaucaire (20 kilomètres en amont)», m’annonce Sylvain. J’attends donc. Avec l’impatience d’un insomniaque qui n’a pas fermé les yeux depuis des mois.
Il pleut. L’éclusier refuse que je monte m’abriter dans son poste de contrôle. Dans quelques mois, ces employés de la CNR auront de toute façon disparu. Au grand dam des bateliers d’ailleurs. J’ai le temps de lire quatre fois l’Equipe, la Provence, Courrier International, Libération et France Foot. Les nouvelles ne sont pas bonnes : Bernard Kouchner et Paul Le Guen sont relégables, un septième continent est composé de déchet dans le Pacifique, Pékin est lancé comme un frelon au Tibet et Ronaldinho ne joue plus. Voilà pour résumer. Je regarde mon Bouzingrin et son chariot. Amoché jusqu’à l’os, ce dernier ressemble plus à une devinette qu’à un chariot. Je regarde au loin en demandant au Bouzingrin : « Ne vois-tu rien venir?» « Je ne vois rien, que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie », me répond-il avec la voix de Barbe-bleue.
Un vieil éclusier promène ses trois molosses : « J’ai toujours travaillé à l’écluse d’Avignon. Maintenant que je suis à la retraite, je viens ici pour regarder les bateaux passer. » Une drogue peut-être. Finalement, un peu avant 20 heures, le cargo arrive. Un matelot lituanien soulève mon Bouzingrin comme une vulgaire canette de bière pour l’installer sur la coursive. Je quitte le monde des Terriens. Nous remontons le Rhône. Enfin.
 

 

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De l’eau s’il vous plaît, j’ai soif d’aventures. 23 mars, Vallabrègues.

valla

Ca y est, le Rhône n’est plus au chômage. Les employés de la Compagnie Nationale du Rhône ont terminé l’entretien des 14 écluses disposées entre La Méditerranée et Lyon. Je vais pouvoir enfin repartir à l’abordage de la place rouge. Cet après-midi, je suis allé faire des repérages (tel un bon pirate) du côté du barrage de Beaucaire-Vallabrègues. C’est vrai qu’à côté des vieilles écluses du canal du Midi, l’immensité des ouvrages du Rhône est vraiment impressionnante. L’équivalent d’un Chelsea-Carquefou sur une feuille de match de football en somme. Alors que je jouais du déclancheur depuis la tour d’ivoire de l’éclusier, une péniche de 100 mètres de long est passée sous nos pieds. Direction Sète pour gaver les cales de diester. Le bateau n’est visiblement pas qu’un outil de travail: les propriétaires ont fabriqué une petite cabane pour leurs enfants (la petite tache orange vers la proue du Provence sur la photo). J’en profite pour échanger mon numéro avec le pilote qui me propose de me remonter lors de son voyage retour. Sympa. Amarrée à quelques mètres de l’écluse, une petite vedette anglaise de 10 mètres attire mon attention. Son propriétaire, Jean-Marie, est en train de faire le tour de France des canaux et des rivières. Il me donne rendez-vous à Lyon pour faire un bout de Rhône ensemble. Pour rejoindre la patrie de Jean-Michel Aulas, Alain Cavéglia et Eric Deflandre (désolé pour les non footeux, mais c’est mon blog), j’ai déjà pris rendez-vous avec un armateur, Transitainer, qui m’a promis de m’embarquer sur un de ses bateaux fluvio-maritimes. Rendez-vous mercredi au niveau de l’écluse d’Avignon. Pour le Lyon-Châlon, Jean-Marie m’a assuré que mon Bouzingrin serait le bienvenue sur sa vedette Océan-Manor. Je suis soulagé, tout ça sent bon les embruns! Mon Solex commençait à s’impatienter. Pour l’empêcher de rejoindre Moscou sans moi, j’ai d’ailleurs dû lui enlever les roues. Le Bouzingrin ressemblait à vulgaire poulet sans patte. Pas beau à voir.

23 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Vive la presse écrite. Quelque part entre Bordeaux et Moscou.

municipale

10 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Le bouzingrin est-il populaire? 10 mars, Avignon.

bouzin

Lundi 10 mars. J’ai eu un armateur spécialisé dans le fluvio-maritime au téléphone aujourd’hui. Et il m’a dit qu’un de ses bateaux remontant le Rhône et la Saône vers Chalon devrait pouvoir m’accueillir à bord. C’est une bonne nouvelle. A priori, je ne pourrais repartir qu’à partir du 20 mars (le chômage, c’est terrible, même pour ceux qui ont un travail comme moi). Je vais en profiter pour faire une révision complète de mon bouzingrin. Plus je le regarde ce Solex, plus je me dis que j’aimerais l’amener jusqu’à la place Rouge à Moscou. Au départ, je pensais le laisser ici, l’abandonner comme un vulgaire tas de ferraille, mais j’hésite. La navigation sur le Rhône, le Rhin et le Danube est intense, je ne risque pas de rester à quai. Mais quand même… Les bateaux que je vais prendre ont les épaules larges, et ce n’est pas un vélomoteur qui devrait les couler. Alors j’hésite. Il faudrait que je commande un sondage à Sofres pour savoir quelle décision prendre. Vous en pensez quoi vous ?

 

10 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Un coup de corne de brume pour Anna! 8 mars, Orange.

anna

Samedi 8 mars. Tout le monde s’en fiche (sauf la famille bien sûr), mais je suis si heureux que je suis obligé de laisser une trace sur ce blog (c’est un acte à psychanalyser peut-être). Mon cousin et sa femme viennent d’avoir une deuxième fille, Anna. Elle est née quelques heures après mon arrivée à l’hôpital d’Orange. Je suis tellement fier que je lui lègue mon Solex. C’est promis Anna.

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A vomir du vent. 7 mars, après Aigues.

vent

Vendredi 7 mars. Hier, j’ai crevé huit fois entre Sète et Aigues-Morte. Et je me suis fait virer d’un supermarché au rayon Lou Gascoun, certainement à cause de mon accoutrement (le poncho recouvert de terre avec les sacs cachés dessous, façon femme enceinte, je pensais pourtant que c’était à la mode dans le Sud-Est). Un peu avant la nuit, j’ai voulu quitter Aigues pour rejoindre Saint-Gilles, et laisser derrière moi cette journée amère (”un arrière goût de pisse” comme dirait l’autre). Je me suis donc embarqué sur le chemin de halage, main droite, avec des rafales dans le buffet ressemblant à des lancers de parpaings. Au bout de 3 kilomètres, je me suis retrouvé dans une impasse, le chemin allant se jeter tout droit dans le gouffre de

la Moria. En faisant demi-tour, je me suis rendu compte que les deux pneus arrière de mon chariot étaient à plat. Merci petit chariot. On en reparlera plus tard à l’abri. Pas rancunier pour un sou, j’ai voulu réparer ses petites pattes arrière, sauf que j’avais eu la bonne idée de faire tomber ma pompe sur ce chemin-impasse. Un petit kilomètre à pied pour retrouver la souffleuse, et me revoilà revenu sur le lieu de mon infortune, perdu au milieu des marais, « le plus grand d’Europe », m’a expliqué le sagneur aujourd’hui. Vu l’heure, je me suis résigné à planter ma tente là, au bord du chemin de halage, où même les ragondins ne s’aventurent pas de peur de se faire sécher les moustaches par le mistral. Toute la nuit, j’ai cru que j’allais me faire emporter par une rafale. Mais ma maison éphémère a tenu le choc. Au petit matin, certain d’avoir rangé ces galères au rayon souvenirs, j’ai sorti mes cernes dehors. Le vent avait osé coucher mon bouzingrin sur le flan. Inutile de préciser que le réservoir n’est pas étanche et que j’ai laissé une belle flaque d’essence sur le bord du canal (désolé ragondin). Après avoir renversé mon bidon d’huile sur mon chariot (c’est fini, c’est bon, c’est la dernière galère), j’ai donc dû rejoindre Aigues et sa station service en pédalant… Le soir, à Vallabrègues (chez ma tante Joe), le long du Rhône, j’ai failli vomir du vent. Je crois que je vais attendre un bateau, et la fin de la période de chômage, pour repartir…

7 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Pas du genre à chaumer. 7 mars, Gallician.

chaume

Vendredi 7 mars. Juste après Gallician, en direction de Saint-Gilles, je croise un saisonnier en train d’entasser des fagots de roseaux en plein milieu du marais des Abeilles. « Ici, c’est la spécialité. On utilise les roseaux pour faire les toits des maisons. Il faut 12 bottes pour couvrir un mètre carré. C’est cher, mais ça isole bien. En tout cas, c’est ce qu’utilisaient les anciens en Camargue pour isoler leur maison », m’explique Jean-René (c’est son vrai prénom Histon, je te jure). Le sagneur (la sagne, c’est le travail du roseau) travaille 6 mois par an (entre décembre et juin) et gagne jusqu’à 150 euros par jour. « Mais il faut travailler très dur. J’arrive au lever du soleil et je repars au coucher. Tu es payé à la tâche. Je fais des fagots de 60 centimètres de diamètre toute la journée. Je peux te dire que le soir, je regarde rarement la fin du film. » Il me propose de venir faire la saison avec lui : « T’es venu de Bordeaux en Solex, à mon avis, tu dois pouvoir sagner. » Tant que je ne me saigne pas au travail…

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Le vide. 6 mars, Palavas.

vide

 

Jeudi 6 mars. Toujours pas de bateaux. Le canal est paralysé hors saison. Comme si ses habitants attendaient les beaux jours pour dégourdir les hélices de leur moteur. Je croyais pouvoir traverser le canal du Rhône à Sète pour rejoindre Beaucaire, mais les péniches marchandes sont bloquées par le vent. En plus, je viens d’apprendre que les écluses du Rhône seront fermées jusqu’au 20 mars, date de la fin du chômage (période d’entretien des infrastructures). Heureusement que je peux compter sur mon super-bouzingrin pour avancer un peu. 

7 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Le Jacques Mayol de la moule. 6 mars, Frontignan.

mayol

 

Jeudi 6 mars. Vincent, habitant de Marseillan, est producteur de moules sur l’étang de Thau. Et où vient-il chercher les jeunes mollusques ? Dans le canal de Rhône au Sète. Juste avant le printemps, le myticulteur vient racler les bords du canal pour ramasser les moules sauvages (photo). Et pour ça, il doit se jeter à l’eau. « Ensuite, je les mets dans mes parcs. Elles seront mûres cet été pour la saison touristique. » Pendant la croissance, le Jacques Mayol de la moule va devoir se méfier des dorades, qui dévorent sa production avec leurs petites dents comme lui grignote des cacahouètes à l’heure du jaunet. « En un week-end l’an dernier, les bancs de dorades ont mangé 1200 tonnes de mes moules. En plus, il n’y a presque rien à faire contre ce fléau », grogne-t-il. L’invasion des dorades, c’est la première fois que j’en entends parler.

7 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Ca souffle chez Brassens. 5 mars, Sète.

brassens

Mercredi 5 mars. L’étang de Thau sur ma gauche, la Méditerranée sur ma droite. Et ce mistral de malade dans le nez. Les 20 kilomètres qui séparent Agde de l’auberge de jeunesse de Sète sont un véritable calvaire. Il n’y a qu’une route possible en plus : la nationale, peuplée d’automobilistes dénigrant la splendeur du Solex. Pauvre bouzingrin, ils ne savent pas de quel cuir tu es fait.

6 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Touché par la grâce du loup. 5 mars, Agde.

loup

Mercredi 5 mars. Pose café chez les Tchèques. Marsa, le propriétaire d’Anticon au Somail, m’a conseillé de m’arrêter sur le VLK (le loup en tchèque). Zanieck (photo) et ses deux enfants, Oliver et Anezka, m’accueillent avec cette hospitalité disons “canalienne” qui me réchauffe les tripes depuis mon départ. Le temps de faire couler le café, j’explique aux enfants que mon bouzingrin n’est pas “un scooter” et qu’il ne dépasse pas les 25 km/h. Le système du galet qui vient caresser la roue avant les fascine (moi aussi d’ailleurs). Je leur dis que je dors sous une tente. Oliver me rétorque: “Moi, j’ai 3 maisons:deux bateaux et un appartement à Agde.”
Zanieck ne parle pas très bien la langue de Mistral, mais il éclate de rire quand je lui dis que je viens de l’océan Atlantique. Je rajoute: “Un joli pays où le vent souffle moins”. Le capitaine du VLK explose de rire: “Ici, vent de fou. C’est sur. Moi, matin, pars à l’usine avec vélo. Sur trajet, vent dans tête. Arrive au travail très fatigué. Mais pas grave. Car retour vent dans le dos je me dis. A la débauche, rentre au bateau. Et là… Vent tourne. Et vent dans tête encore. Alors moi, encore plus fatigué…” Merci Zanieck.

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“Le soleil, c’est gratuit”. 5 mars, Poilhès.

Anglais écolo

Mercredi 5 mars. “Good morning sir!”. Peter et Sian ont acheté le “Twee Gezusters”, un vieux tjalk de 1904 jadis armé d’un mât, il y a deux ans. Après avoir jeté l’ancre en Grèce pendant 8 ans, ce couple originaire de Bath a décidé de poser sa coque sur le canal du Midi. “Contrairement aux idées reçues, c’est très cher d’entretenir un bateau”, m’explique le sexagénaire. Une raison pour laquelle, ils ont opté pour un port presque gratuit (200 euros par an). C’est dans cette logique d’économie que ces Anglais ont équipé leur maison flottante de moteurs électriques alimentés par une petite éolienne et plusieurs panneaux solaires: “Le soleil, c’est gratuit”, lance celui qui a grandi sur un bateau de la Tamise. Et ça marche. Le moteur est aussi puissant qu’un bon vieux Baudoin. “Quand le soleil disparaît, on met un peu de fuel dans notre groupe électrogène.” Les écolos vont encore plus loin:ils filtrent l’eau du canal 7 fois avant de la boire. Ils vivent aujourd’hui d’amour, d’eau fraîche et de grandes escapades.

6 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

L’odyssée suit son cours. 4 mars, Capestang.

europe

Mardi 4 mars. La journée et la nuit. Et si ailleurs était ici, sur l’eau, du côté de Capestang? Léa, Manon et Mélissa (la triplette de la photo) balancent le clip de Keny Arkana, “Hey Connard”, sur l’ordinateur de la péniche. Extraits.
“Tu t’rappelles quand tu disais que j’fesais partie d’ces gosses qui ne s’en sortiront jamais intenables et bien trop féroces. Qui salissaient ton centre tentent d’obéir au doigt et à l’oeil et qui n’avaient que des cendres et un besoin de vivre à 100 à l’heure. Tu t’rappelles, quand tu disais qu’ j’atteindrais pas les 16 piges et que j’finirais morte dans un coin de rue où giserait l’âme. D’une gosse perdue qu’en avait plus rien à carrer ou un avenir en cellule derrière les barreaux ou chez les tarés. Eh connard, tu t’rappelles quand tu pensais, clamais qu’ jétais bonne qu’à fuguer, qu’à faire la conne ou à m’défoncer. L’exemple à n’pas suivre, celle que les lois haïssaient, pointaient du doigts et qui depuis ses 12 piges n’est plus scolarisé. Bref la totale, Tu t’rappelles que quand tu parlais de moi, tu parlais jamais au futur, putain j’en avais marre des fois de toutes ses conneries. Eh connard ! c’est à toi qu’j'parle ! Dis moi tu t’reconnais? Directeur de centre et d’maisons d’enfants eh laisse moi rigoler…”
Boussoles dans une usine d’aimants. Les trois adolescentes de la péniche Europodyssée mangent les paroles de la rappeuse. Elles aussi ont vécu en foyer. Les fugues. Les nuits passées sur les bancs. Les morsures de la rue. Ces filles sont des boussoles perdues dans les usines d’aimants de cette société. Et c’est pour cette raison qu’elles participent à ce séjour dit “de rupture” de 3 mois sur la péniche multicolore. Laurent, le psychologue, calme comme les eaux du canal, me propose de passer l’après-midi et la nuit à bord du bateau. Il me parle de ces séjours bien particuliers: “J’avais l’habitude d’organiser des “Ailleurs”, des séjours ”bouffée-d’oxygène” de quelques jours. Et je me suis dit, “pourquoi ne pas faire de l’ailleurs, un état permanent. Quand tu es instable, le voyage, ça pose. Au lieu de fuguer, pourquoi ne pas faire une fugue organisée?” D’ailleurs, sur Europodyssée, les jeunes ne fuguent pas. 
Pendant trois mois, de 3 à 5 jeunes vivent sur la péniche avec Laurent, le psychologue, Francis, le propriétaire (ancien journaliste), sa femme Cécile et Serge le pilote. L’équipage vit au rythme du canal. Comme un long travelling. Ils vivent de peu (matériellement) et se nourrissent de discussions. Léa confirme: “Quand j’allais voir des psys, j’étais complètement bloquée dans son bureau. Mais ici, on a l’impression d’être en famille. Je peux parler quand je me sens bien. Pas sur rendez-vous.” C’est comme si l’eau qui coule ailleurs chariait des tonnes de promesses. Une touche d’espoir.

6 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Comme une ombre au tableau. 3 mars, Narbonne.

ombre solex

Lundi 3 mars. Coincé entre les étangs, à deux battements d’aile de la mer Méditerranée, le canal de la Robine est un pur joyau. Mais j’aurais dû me méfier en rentrant sur Narbonne depuis Port-la-Nouvelle. Pendant 20 kilomètres, j’ai pris le vent pleine bille. Un vent à décorner les bœufs. Et à transformer ces derniers en vulgaires cerfs-volants. Même en appuyant sur les pédales, je n’arrive plus à avancer. Le moteur vomit de fatigue. Une bourrasque vole mon casque et le jette quelques dizaines de mètres plus loin. Rends moi mon casque Tramontane!

3 mars 2008 - Lire la suite Tags: none

Ils envoient du bois. 3 mars, écluse de Mandirac sur le canal de la Robine.

chantier Robine

Lundi 3 mars. Le chantier touche à sa fin. Plus que sept ans de dur labeur. Le centre permanent d’initiatives pour l’environnement qui gère ce chantier d’insertion a du pain sur la planche avec cette goellette majorquine repéchée dans le port du Canet en Rousillon en 2007. La restauration de la “Marie-Thèrese”, amarrée à quelques mètres de là, avait duré 5 ans. Le “Miguel Caldentey”, un immense bateau construit en 1913 pour transporter de la farine et des oranges en mer Méditérannée, va devoir renaître de ses cendres humides pour renaviguer un jour…

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Anti-con. 3 mars, Le Somail.

anticon

Lundi 3 mars, à l’heure du café (mais c’est toujours l’heure du café dans le petit village du canal). Ses deux jeunes ânesses (Cerise et Prunelle) ont grignoté sa récolte de raisin, sur un petit terrain du Somail acheté il y a quelques années, de l’autre côté du chemin de halage. Mais Marsa, le propriétaire de la péniche Anticonstitutionnellement (Anticon, c’est plus court) n’est pas du genre à s’en offusquer. “De toute façon, à la cave coopérative, ils traitent ça de façon industrielle. Je préfère en faire du jus de raisin.” Du bon syrah naturel qui pousse à la frontière des Corbières et du Minervois. Le fumier produit par Cerise et Prunelle dopera les courges de la famille Ferreiro. Marsa vit sur Anticon depuis presque 10 ans avec sa femme Cecile et sa petite Léonorine. Il y a quelques mois, son fils Thibaut (sur la photo avec son père) a quitté les pots d’échappement parisiens pour rejoindre ces SDF (sur domicile flottant).
L’été, la famille navigue sur les canaux de France et d’Europe. Le reste de l’année, les Ferreiro restent au Somail où ils bichonnent leurs quelques hectares de terre et gèrent la calandreta (école bilingue occitane) dans le village de Bize, adepte de la méthode Freinet pour ceux qui connaissent. Ils habitent sur Anticonstitutionnellement, loin de la frénésie consumériste, un bateau qui fait rêver les camarades de classe de Léonorine, mais qui dérange souvent le reste de l’humanité. C’est aussi bizarre que le mot anticonstitutionnellement. 

3 mars 2008 - Lire la suite Tags: none