“Le canal ne doit pas être un Riquet-Land”. Dimanche 2 mars, Roubia.

Dimanche 2 mars, l’après-midi. Avant de planter ma tente à Paraza, j’arrête mon bouzingrin à Roubia où je découvre une péniche-menuiserie (photo). Jean-Marc Samuel, dit Sam, est propriétaire du Willy. Cet homme est fou. Fou du canal. Pas étonnant pour ce professionnel de l’eau, dont la fille est née sur un bateau “au niveau du pont de Mangepomme”. Un artisan qui sévit sur sa péniche, c’est une rareté. Mais quand ce même homme décide de réhabiliter le transport de marchandises sur les canaux du Sud, on est en droit de se demander si sa rationnalité n’est pas en train de prendre l’eau. ”Pendant 300 ans, le canal du Midi a été utilisé par les marchands. Les touristes ne sont là que depuis 20 ans. Je refuse de voir mon canal transformé en Riquet-Land (du nom du créateur de cette voie d’eau Paul Riquet, ndlr).” Pour relancer le transport de marchandises, Sam a racheté la Tourmente en 2000, un bateau de 30 mètres construit en Hollande dans les années 30. “Il a été racheté par le père Caillou. Dans les années 70, il était utilisé par les pêcheurs de sable (sic, le dragage) à Langoiran (sur la Garonne).” En 2007, Sam et quelques vignerons du Sud-Est en quête de coup marketting, chargent quelques caisses de vin dans le Tourmente. Direction Bordeaux, et son mythique Vinexpo. “C’était un gros coup médiatique. A Bordeaux, nous avons chargé les caisses sur le Belem (un gros voilier) qui est parti livrer des clients en Irlande.” Relancer le commerce fluvial est un combat de révolutionnaire. Car ce coup de pub ne suffit pas. Et Sam se bat depuis pour débloquer les mentalités: “On me dit que la cohabitation entre les plaisanciers et les mariniers est impossible, mais je ne suis pas d’accord. Il faut juste que les éclusiers s’adaptent.” Dans quelques mois, Sam va transporter 73000 bouteilles de vin entre Béziers et Bordeaux. “C’est techniquement possible, car on transporte du volume, pas du poids.” Le faible tirant d’eau de certains bief n’est donc pas un gros soucis pour ce professionnel. “On me parle de surcoût. Mais il faut prendre le problème dans son intégralité. Par les canaux, on ne pollue presque pas, et surtout, on ne bousille pas les infrastructures.” A méditer.




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