L’odyssée suit son cours. 4 mars, Capestang.

Mardi 4 mars. La journée et la nuit. Et si ailleurs était ici, sur l’eau, du côté de Capestang? Léa, Manon et Mélissa (la triplette de la photo) balancent le clip de Keny Arkana, “Hey Connard”, sur l’ordinateur de la péniche. Extraits.
“Tu t’rappelles quand tu disais que j’fesais partie d’ces gosses qui ne s’en sortiront jamais intenables et bien trop féroces. Qui salissaient ton centre tentent d’obéir au doigt et à l’oeil et qui n’avaient que des cendres et un besoin de vivre à 100 à l’heure. Tu t’rappelles, quand tu disais qu’ j’atteindrais pas les 16 piges et que j’finirais morte dans un coin de rue où giserait l’âme. D’une gosse perdue qu’en avait plus rien à carrer ou un avenir en cellule derrière les barreaux ou chez les tarés. Eh connard, tu t’rappelles quand tu pensais, clamais qu’ jétais bonne qu’à fuguer, qu’à faire la conne ou à m’défoncer. L’exemple à n’pas suivre, celle que les lois haïssaient, pointaient du doigts et qui depuis ses 12 piges n’est plus scolarisé. Bref la totale, Tu t’rappelles que quand tu parlais de moi, tu parlais jamais au futur, putain j’en avais marre des fois de toutes ses conneries. Eh connard ! c’est à toi qu’j'parle ! Dis moi tu t’reconnais? Directeur de centre et d’maisons d’enfants eh laisse moi rigoler…”
Boussoles dans une usine d’aimants. Les trois adolescentes de la péniche Europodyssée mangent les paroles de la rappeuse. Elles aussi ont vécu en foyer. Les fugues. Les nuits passées sur les bancs. Les morsures de la rue. Ces filles sont des boussoles perdues dans les usines d’aimants de cette société. Et c’est pour cette raison qu’elles participent à ce séjour dit “de rupture” de 3 mois sur la péniche multicolore. Laurent, le psychologue, calme comme les eaux du canal, me propose de passer l’après-midi et la nuit à bord du bateau. Il me parle de ces séjours bien particuliers: “J’avais l’habitude d’organiser des “Ailleurs”, des séjours ”bouffée-d’oxygène” de quelques jours. Et je me suis dit, “pourquoi ne pas faire de l’ailleurs, un état permanent. Quand tu es instable, le voyage, ça pose. Au lieu de fuguer, pourquoi ne pas faire une fugue organisée?” D’ailleurs, sur Europodyssée, les jeunes ne fuguent pas.
Pendant trois mois, de 3 à 5 jeunes vivent sur la péniche avec Laurent, le psychologue, Francis, le propriétaire (ancien journaliste), sa femme Cécile et Serge le pilote. L’équipage vit au rythme du canal. Comme un long travelling. Ils vivent de peu (matériellement) et se nourrissent de discussions. Léa confirme: “Quand j’allais voir des psys, j’étais complètement bloquée dans son bureau. Mais ici, on a l’impression d’être en famille. Je peux parler quand je me sens bien. Pas sur rendez-vous.” C’est comme si l’eau qui coule ailleurs chariait des tonnes de promesses. Une touche d’espoir.




Laisser un commentaire