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Paroles de pilotes amoureux (chapitre 1). 26 mars, entre Avignon et Lyon.

pilotes

L’équipage du Waterway est composé d’un commandant, d’un chef officier, d’un cuisinier, d’un mécanicien et d’un matelot. Ils viennent tous de Russie ou de pays appartenant à l’ex-URSS. Selon leur contrat, ils passent 3 à 4 mois à bord avant de repartir se reposer au pays. Un matelot ne touche même pas l’équivalent du Smic en France. Un commandant gagne peut-être 1800 euros. C’est rien à côté des salaires des Français. A Port-Saint-Louis, à l’embouchure du Grand Rhône sur la Méditerranée, l’équipage a embarqué hier deux pilotes français, Sylvain et Thierry (photo). Membres d’une association de pilotes indépendants du Rhône et de la Saône, ils sont les seuls capables à supporter les caprices de cette voie d’eau avec un fluvio-maritime entre les mains. (lire ce lien pour plus de précisions: http://www.fleuverhone.com/pousseur.html). « La loi n’empêche pas d’autres pilotes reconnus de venir sur le Rhône et de travailler à leur compte comme nous. Mais dans la réalité, il faut connaître ce fleuve comme sa poche pour éviter les accidents », explique Sylvain. « Quand les grenouilles pissent dans le fleuve » (quand les crues s’annoncent), ces professionnels sont les seuls à savoir naviguer entre Saint-Jean-de-Losne (au dessus de Châlon) et la Méditerranée. Les armateurs font donc appel à ces spécialistes de la navigation fluviale pour monter ou descendre les marchandises « en Arles » à Lyon ou à Châlon par exemple.

Un bateau se décline au féminin. « On a beaucoup de travail, témoigne Sylvain. Je suis plus souvent sur les bateaux qu’à la maison. Mais j’aime ça. Sur terre, je tourne en rond. » Ce quadragénaire fait partie d’une grande famille de mariniers. Il n’a jamais pu vivre comme un Terrien. Et il explique pourquoi son métier est une passion : « Nous travaillons avec des bateaux toujours différents, ça évite la monotonie. Un cargo, ce n’est pas comme une voiture. Il y a une relation presque fusionnelle entre la machine et l’homme. On dit UN bateau. Mais dans le monde des mariniers, un bateau, c’est féminin. On fait tout pour ne pas la mettre en colère. C’est peut-être choquant ce que je vais dire, mais je la respecte presque plus que ma propre femme. C’est mon moyen de transport, ma maison, mon gagne-pain, ma passion… Je fais partie de lui comme il fait partie de moi. Si je suis mauvais, je peux détruire mon bateau. Si lui n’est pas bon, il peut me tuer. Dès fois, j’ai l’impression que j’ai un sixième sens à la barre. Le cargo ne bouge pas et je sens pourtant qu’il va virer à droite ou à gauche. Alors je lui parle. Sans même prononcer de mots. »

 

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