J’ai la langue qui commence à flotter. 4 avril, Saint-Jean-de-Losne.

Le Terrien n’est pas préparé à mettre les pieds sur l’eau. Et pour cause, le « Marinier » n’est pas encore une langue étrangère enseignée aux écoliers. Au début, j’avoue, j’ai eu du mal à bien comprendre mes interlocuteurs. Je faisais un peu la même tête que mon grand-père (il était meunier dans le Médoc dans les années 30) quand je lui parlais en verlan. Mais après plus d’un mois passé sur les canaux et les rivières, ma langue commence petit à petit à flotter. J’arrive même à suivre les conversations dans les bistrots remplis de mariniers. Exemples.
- «Je suis rincé. J’ai fait travailler le bateau toute la matinée avant de passer le houpion. » Traduction : « Je suis fatigué, j’ai déchargé le bateau toute la matinée avant de laver le pont. »
- « Regarde ces moustaches ! Il y a tellement de jus que je vais devoir contre-barrer sans débander. Je sens que je vais aller cueillir les marguerites. Et j’ai pas envie de cajoler le bateau jusqu’au pont. » Traduction : « Regarde comme l’eau gonfle au niveau des piles de pont ! Il y a tellement de courant que je vais toucher les berges. Et je n’ai pas envie de tirer le bateau à la main depuis les berges jusqu’au pont. »
- « J’ai l’impression d’avoir le mauvais œil en ce moment. Je n’aurais peut-être pas dû oublier de couper sept fois la trace après avoir changé la devise du bateau. » Traduction : « Je suis malchanceux. J’aurais dû couper sept fois la trajectoire du bateau après avoir changé son nom (c’est un croyance de marinier, car changer le nom d’un bateau porte malheur). »
- « Je me souviens qu’il y avait des pêcheurs de cailloux qui travaillaient sur Garonne. Aujourd’hui, y’a plus personne. Ou quelques poètes qui poussent de la vase en voulant imiter les anciens. » Traduction : « Il y avait des dragueurs sur la Garonne autrefois. Aujourd’hui, il n’y a plus que quelques idéalistes qui raclent le fond du canal à cause du manque de tirant d’eau. »
- « Sur le Rhône, y’a quelques hirondelles qui repartent à la maison dès que les grenouilles se mettent à pisser. Ceux-là, ils ne sont bons qu’à barrer les promène-couillons. » Traduction : « Sur le Rhône il y a des pilotes qui ne viennent que quand les conditions de navigation sont bonnes. Ils repartent chez eux dès que le courant augmente. Ils ne sont bons qu’à piloter des bateaux touristiques. »
Le « marinier », finalement, c’est presque aussi facile que le russe.




Juju pub Sud Ouest dit :
Superbe, je vais de ce pas prendre des cours