Gaby, forte gueule. 5 avril, Saint-Jean-de-Losne.

Ma première rencontre à Saint-Jean-de-Losne s’appelle Gaby, un marinier retraité doté d’un fabuleux bagou. Il a l’âge de mon père. Moi celui de son fils décédé dans un accident de voiture il y a quelques années. On sympathise très vite. Le Père Fouettard du village me parle de son feuilleton télé préféré, « L’homme du Picardie » : « Une vraie série qui parlait de la vie des mariniers dans les années 60. Il faudrait refaire un feuilleton de ce genre aujourd’hui. Le problème, c’est que tout le monde a oublié les mariniers. On était en avance dans les années 60-70. Aujourd’hui, on est les derniers de la classe en Europe. Depuis Pompidou, les politiques nous méprisent.» Il me dit que les ministres des transports de l’époque Charles Fitermann et Dominique Voynet sont les ennemis des bateliers. « Celle-là, si elle vient à Saint-Jean, elle va apprendre à nager. »
Lors du dernier Téléthon, les Saint-Jean-de-Losniens avaient halé une péniche avec une corde sur 17 kilomètres pour récolter un peu d’argent. France 3 avait couvert l’événement. Et Gaby avait expliqué aux caméras que c’était la faute de « Sarko ». « Puisqu’on ne donne pas les moyens de développer le transport fluvial, nous ne pouvons pas mettre de gasoil dans les moteurs. » Gaby est du genre couillu. Pendant 45 ans, il a travaillé sur toutes les voies d’eau du Nord et de l’Est sur l’Armançon avec son grand-père puis sur le Bole. Un de ses trois enfants est né en Allemagne. « Je suis le premier marinier français à avoir eu un enfant en Allemagne depuis la canalisation de la Moselle entre Thionville et Coblance. » Vu comme il le raconte, ça doit être exceptionnel. Alors on évite de lui casser les bretelles au Gaby.




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