Un pti’ squat dans la maison éclusière. Arzviller, 15 avril.

Je m’arrête à Sarrebourg et tape à la porte du CCAS pour savoir s’il existe un abri de nuit chez eux : « Nous n’avons aucune structure d’accueil d’urgence ici. Ce n’est pas une région fréquentée par les SDF », m’explique l’employée. Avant de partir, elle me propose gentiment de me payer un plein pour le Solex. Je refuse sans prendre le temps de lui expliquer que je voulais faire un reportage, vécu de l’intérieur, sur les « gens de passage » qui cabotent d’abris de nuit en logements d’urgence. Après deux mois de voyage, je ressemble plus à un caboteur qu’à un journaliste. Je file vers Arzviller, un petit village où les 17 écluses du vieux canal ont été remplacées par l’impressionnante « pente d’eau » (voir photo dans la galerie). Un ancien marinier de Nancy, qui a emprunté le canal des centaines de fois avant de devoir mettre sa péniche à la casse, m’avait parlé de cet édifice surdimensionné sur le canal de la Marne au Rhin, qui sert plus aux touristes qu’aux bateliers aujourd’hui d’ailleurs. Il m’avait surtout conseillé d’aller jeter un coup d’œil dans la vallée de l’ancien canal, où les gens avaient stocké le bois de la tempête de 99 dans les écluses pour éviter qu’il pourrisse. La moitié des maisons éclusières ne sont entretenues que par l’abandon. C’est dans une de ces vieilles bâtisses que je décide de passer la nuit pour éviter les trombes d’eau. Jadis, les artisans mariniers faisaient la queue aux écluses d’Arzviller. Aujourd’hui, les mauvaises herbes s’entassent au fond du canal. Et la poussière qui étouffe le sol de mon squat n’est qu’un linceul recouvrant une profession en voie de disparition. Dans mon écluse abandonnée, ne reste qu’un journaliste qui court derrière de vieux souvenirs. Le passé.




amb55 dit :
eh bien, merci au journaliste de nous faire partager sa croisière sur les vieux souvenirs. Belle région en tout cas que l’Alsace. Et bonne route, l’avenir est devant toi.
arnaud dit :
presque aussi beau que la Charente…
amb55 dit :
c’est vrai les écluses ne manquent pas non plus en Charente, mais pas encore de plan incliné
et de mémoire de riveraine jamais encore vu de solex sur un bateau.