Le feu au Rhin? Strasbourg, 16 mai.
C’est à l’écluse Nord de Strasbourg que je fais la rencontre de Yannick (sur la photo), un des pilotes français du bateau-pompier Europa 1, mis à l’eau cette année sur le Rhin. Non sans avoir franchi toutes les écluses administratives (« bonjour mon colonel responsable du Sdis, puis-je monter sur votre bateau rouge ? », ça m’a rappelé de bons vieux souvenirs du journal « Sud Ouest »). L’esthète de la manoeuvre aquatique est lui aussi issu d’une famille de mariniers. Comme si le Rhin coulait dans ses veines. Quand la France et l’Allemagne décidèrent de construire un bateau de sauvetage de 2,5 millions d’euros dans cette région ultra industrialisée, Yannick s’est tout de suite porté candidat pour dompter le fauve. Aujourd’hui, ils sont neuf (quatre français et cinq allemands) à se relayer à la barre d’Europa 1, un bolide de 23 mètres de long propulsé par deux moteurs de 1100 chevaux chacun. A pleine vitesse, l’embarcation frôle les 50 km/h (je peux peut-être atteindre cette barrière en rajoutant un deuxième moteur au Bouzingrin). « Avec la proximité de toutes les usines qui longent le Rhin, les risques d’incendie sont grands. C’est pour cette raison qu’ils ont fabriqué ce bateau », explique l’Alsacien qui est déjà intervenu plusieurs fois depuis février: un feu de copeaux de bois au port de Kehl (rive droite, côté allemand), quelques noyés (« c’est difficile d’arriver à temps… »), et un autre incendie dans une usine strasbourgeoise. Cette fois-ci, une des deux lances a craché de la boue (« on a pompé un peu trop près du bord… »). Mais le feu a été éteint. La semaine dernière, une péniche mal chargée (c’est-à-dire trop remplie au milieu) a failli se briser en deux du côté de l’écluse de Gambsheim. Les pompiers ont dû sortir leur bateau de super héros pour sauver l’équipage. Dans quelques mois, le mastodonte allemand BASF, peut-être un peu gêné d’avoir pollué le Rhin pendant tant d’années, va offrir un bateau identique aux soldats du feu de Mannheim. C’est une ville que je frôlerai demain. Car demain, je franchis ma première frontière.




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