Daniel, l’enfant des Carpates. Le Main, 23 mai.
Le capitaine Daniel, 39 ans, tourne à deux paquets de blondes et une dizaine de cafés par jour. Il grignote des pipasses, pousse des cris sous les ponts, et lance des « sehr schön » quand il voit une jolie blonde faire du vélo le long de la rivière. Un régime normal pour un pilote qui caresse la barre des bateaux depuis plus de 20 ans maintenant. Daniel parle le roumain et l’allemand, une langue fossilisée à jamais dans ma tête depuis mon horrible oral du bac. Mais j’arrive à comprendre mon capitaine préféré, surtout quand il me fait des dessins (je lui ai même fourni un petit calepin pour ça). De mon côté, je lui parle le « franglais ». Cet enfant des Carpates a quitté l’école de navigation fluviale de Guirgu en 1985 avant de travailler sur un pousseur du Danube pendant 10 ans. Puis trois ans durant, il a pris la barre d’un bateau-passager de la compagnie « Danau Star ». « Et j’ai décidé de partir en Allemagne en 1995 pour gagner 3 à 4 fois plus. » Aujourd’hui, Daniel gagne 2500-3000 euros par mois (un mois de travail pour un mois de repos). Un salaire qui lui permet de sponsoriser le restaurant de ses parents dans les montagnes roumaines. « Les armateurs travaillent généralement avec des pilotes de l’Est car ces derniers sont plus souples sur les horaires, rigole le capitaine. Aujourd’hui, je réfléchis à l’idée d’acheter un bateau pour travailler à mon compte, comme mon frère. » Son frère justement, on l’a croisé sur le Main du côté de Miltenberg. Il était à bord de l’Alfred, avec sa femme et ses trois enfants. La famille, c’est sacré en Roumanie. Alors la corne de brume du Janine a éternué pour fêter ça.




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