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En route pour la joie. Mayence, 22 mai.

joie 

Je suis arrivé à temps à Mainz (Mayence) pour attraper le « Janine », un tanker de 85 mètres transportant de l’huile de soja. Après avoir failli passer la nuit sous les ponts dans la banlieue de Rotterdam (j’ai finalement planté ma tente dans un parc public de Dordrecht avant de me faire expulser par un voisin apeuré (ils ne connaissent pas les tentes des Don Quichotte en Hollande visiblement) dans un camping des environs), changé 4 fois de train, profité de la finale de la Ligue des Champions dans le troquet du camping de Mainz en jouant à la belote avec trois ancêtres germaniques -peu avares sur la Kaiserbier soit dit en passant- et rejoint l’écluse de Kostheim, la première du Main, j’ai vu apparaître le museau du Janine, tel Jésus marchant sur l’eau (mais quand c’est un bateau, c’est moins impressionnant), dans les jumelles de l’éclusier (photo dans la galerie). En route pour la joie. Le capitaine Daniel, un roumain dont l’embonpoint n’a d’égal que sa gentillesse, m’accueille avec un sourire long comme une rivière. Il me met de suite à l’aise en me montrant ma cabine, réplique d’une vielle caravane défiant le temps et les hautes herbes au fond d’un champ. Pour vous situer le degré d’hospitalité qui règne sur le Janine, c’est Roman (à droite sur la photo), un des quatre membres de l’équipage, qui m’a cédé sa chambre. « Je dormirai sur le canapé de la pièce commune (le sofa de la photo) », m’a-t-il dit. Je suis gêné. Mais le jeune roumain me met à l’aise. De toute façon, « je dois me lever toutes les heures » pour maîtriser le bateau dans les 52 écluses qui saucissonnent le Main et le canal du Main au Danube. A côté de ma cabine, il y a le moteur latéral (le Deutz fait le même bruit qu’un vieux fumeur de Gitane se raclant la gorge pour en extirper un glaviot couleur pétrole), et la chambre d’Alexander (à gauche sur la photo), un ukrainien de 46 ans, solide comme une coque de péniche. Le rythme de vie à bord ? 6 heures de travail pour 6 heures de repos. Et on recommence. Pendant les temps libres, les téléphones portables fonctionnent plein pot (ils ont 8 cartes sim différentes selon les pays traversés). Les matelots cuisinent, picorent des dvd (j’ai vu qu’ils avaient de vieux pornos amateurs bulgares sur l’étagère), boivent du café. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas d’alcool à bord. Pour le choix des films, c’est chacun son tour. L’autre jour, Alexander m’a fait découvrir un film de guerre russe où des Tchétchènes se font massacrer comme des arbres amazoniens (le soldat russe, c’est le gentil, le Tchétchène c’est le barbu sanguinaire, c’est facile à comprendre). Quand le bateau s’immobilise le temps d’une écluse, Roman et Alexander règlent le satellite pour écouter les infos roumaines. Dans 10 jours, le bateau devrait arriver à Belgrade. Je vais avoir le temps de laver la coque du Janine d’ici là.

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