De la salle des machines au Moulin Rouge. 31 mai, Bratislava.

Hier apres-midi, Alexander est sorti de la salle des machines recouvert d’huile de moteur. “Motor, dynamite”, m’a t-il lance avec fougue. Le diagnostic est clair: un des propulseurs du bateau est mort. Nous sommes bloques a Bratislava. “Tu peux rester un mois sur le bateau si tu veux, ce n’est pas un probleme”, m’a propose le capitaine Daniel. C’est gentil. Mais il va falloir que je trouve un autre bateau si je veux voir un jour le delta du Danube. Pour ne pas abandonner lachement le navire, j’ai tente un coup en sortant le manuel de reparation du moteur de Solex, seul souvenir que j’ai garde de mon vieux compagnon (paix a ton ame petit Bouzingrin). “C’est peut-etre la membrane ou bien le galet.” C’est l’avantage de parler le francais avec Ukrainien. Il ne comprend pas toutes les betises que je peux deblaterer. L’heure est grave sur le Janine: le proprietaire du bateau, un pilote allemand prenomme Ulrich, est venu directement a Bratislava depuis Belgrade pour dire adieu a son propulseur (quand je vous disais qu’il raclait de la gorge ce moteur…). Et pour noyer son chagrin, il nous a tous invite au Moulin Rouge (ca ne s’invente pas), une discotheque branchee de Bratislava. En partant de Bordeaux, je ne pensais vraiment pas que je finirai dans une boite de nuit slovaque a boire des schnaps avec un Allemand barbu, un Ukrainien et sa veste moulante ouverte avec les poils du torse qui depassent, et deux Roumains. “Tu te rends compte, en Slovaquie, il y a cinq femmes pour un homme”, opine Marian, roi des statistiques. Je tiens quand meme a remercier les huit molosses du Moulin Rouge made in Slovaquia, qui ont fait preuve d’une certaine indulgence vis a vis de ma tenue vestimentaire (jean troue et claquettes), alors que je n’ai jamais pu rentrer dans une boite de nuit en France (meme dans les bars de la Victoire a Bordeaux, les videurs ne voulaient pas de nous), si ce n’est dans un vieux repere de motards en fin de vie jouxtant une casse de voitures. La soiree fut belle. “On connait les bonnes adresses dans tous les ports d’Europe, m’explique Daniel. Quand on a un probleme mecanique, on evite de tourner en rond sur le bateau. Et on en profite pour se melanger aux Terriens.” Et aux Terriennes.




picubu dit :
scoumoune et re scoumoune mais tu finiras bien par y arriver // tu aurais du emporter une bouteille de mirabelle pour troquer en échange.
Fred dit :
Je te souhaite bien du courage à Bratislava! Cet hiver, j’ai profité d’une semaine de vacances à Vienne pour tenter un petit aller-retour à Bratislava (même pas deux heures de train), on ne peut pas dire que la ville croulait sous la joie en pleine grisaille de l’hiver!
Toujours autant de plaisir et d’intérêt à lire ton blog, bonne route et bon euro!
TchiTchi_Da_Dissensus dit :
Putain ! Le genre de boîte dont je rêve et pouvoir dire “eh, eh : je suis allé au moulin rouge moi, et en claquette !”