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Le bateau se repose. L’équipage, jamais. 1 juin, Bratislava.

camboui

Je patiente sous la canicule de Bratislava (35 degrés). Le remplacement du moteur malade va durer dix jours. Mais dans ce milieu, 10 jours sont souvent synonymes de 20. Lundi, Daniel devrait appeler des amis roumains pour savoir si, un, ils peuvent m’embarquer à bord, si, deux, ils naviguent vers la Mer Noire, si, trois, ils sont plus proches de Vienne que de Rotterdam. De mon côté, je n’ai que des contacts d’armateurs français, hollandais ou allemands. Je croise donc les doigts pour que le plan de Daniel fonctionne. Et dire que je devais rejoindre la Mer Noire avec Janine… Quel dommage. Le tanker, justement, bronze dans le port slovène. Mais contrairement aux idées reçues, rester à quais n’est pas synonyme de chômage technique pour l’équipage. Hier, nous avons passé la journée dans les cuves pour nettoyer les dépôts d’huile de soja par exemple. Sale boulot. Les photos évoquant les siestes, les baignades dans les eaux du Danube, les parties de football, les films sur les Tchétchènes et les assiettes bien remplies ne sont pas le reflet de la réalité. Car ça trime dur sur les « river ship » (bateau de rivière). Pendant la navigation, il faut se lever toutes les heures pour réveiller les amarres dans les écluses (même pendant la nuit), bichonner le moteur, laver quasi quotidiennement le bateau, poncer et peindre (la rouille, c’est l’ennemi numéro 1), gérer l’administratif (« c’est ce qui va mener notre civilisation à sa perte », pense le capitaine Daniel à ce propos), tenter d’organiser un programme (« c’est difficile de savoir ce qu’on va faire le lendemain, il y a toujours des imprévus »). Drôle de vie que celle de ces marins d’eau douce. Et je ne parle pas de l’éloignement, qui est plutôt une source de satisfaction chez eux. « Quand je suis chez moi plus d’une semaine, je n’ai qu’une envie, c’est de repartir sur un bateau », sourit Daniel. C’est exactement ce que m’avaient dit Sylvain sur le Rhône et André sur le Rhin. Chez les mariniers, vivre loin des siens, c’est presque aussi naturel que le courant d’une rivière.

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