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Napoléon et la mafia roumaine. Serbie, 2 juin.

platoche

Michaël (Mi-Ra-El), dit Michel Platini, (« ou Napoléon pour les intimes », m’avouera-t-il plus tard) nous vient tout droit de Giurgu, cité roumaine qui a enfanté un beau paquet de mariniers sur le Danube. Avant de travailler sur un bateau allemand (« pour gagner plus d’argent, 1100 euros par mois, bien plus que les 200 euros des ouvriers du chantier ici»), il a longtemps navigué pour une société roumaine. Le jeune quadra connaît visiblement la France pour avoir joué les mécaniciens sur la Moselle à une époque. « Je sais dire : bijour jo m’appille Michel, à la gare de Metz siouplet Misieur le taxi. » Quand je lui dis que je rêve encore du but d’Hagi de la coupe du monde 94 (un magnifique lob du gauche, un joyau ce but franchement), il tombe presque à la renverse : « Hagi, c’est devenu un Dieu en Roumanie. Moi il y a des joueurs que j’aime bien chez toi à Bordeaux : Tigana, Trésor, Baptiston. » Grâce à son anglais plus que correct, « Platoche » me parle d’Apatin, cette ville serbe ultra fliquée depuis la fin de la guerre, de toutes ces jeunes filles qui vendent leur corps pour 10 euros, et du chantier où notre tanker fait actuellement sa cure de jouvence: « Certains propriétaires préfèrent rénover leur navire en Hollande ou en Allemagne, car le travail est vraiment nickel là-bas. Mais comme c’est très cher, les autres se rabattent sur la Serbie ou la Roumanie. En contrepartie, les délais ne sont jamais respectés. » Entre deux cigarettes « Bond », Napoléon m’explique que la majorité des ouvriers du chantier viennent de Roumanie. Ils forment une sorte de communauté, « une mafia si tu préfères ». Vu leur salaire, ils sont obligés de faire du business pour survivre : cigarettes, alcool… Tout se vend et s’achète à la barbe et au nez des caméras de surveillance, qui ne pourraient même pas détecter un char russe en train de brûler au milieu du chantier. « Qu’est-ce que tu veux, c’est la loi de l’argent qui régit ici. Mais inutile de te dire que l’ardeur au travail n’est pas la qualité première des ouvriers. La dernière fois, je me faisais un DVD en plein après-midi, et je me suis rendu compte qu’ils étaient cinq ou six derrière mon hublot en train de regarder mon film avec une bière à la main. » Platini leur a ouvert la porte, solidarité roumaine oblige. Pour me prouver sa bonne foi, Mi-Ra-El m’a fait une visite guidée du chantier ce matin. Vers 8h30, nous sommes allés dans la salle de repos des Roumains (la photo avec le joli poster). J’ai été très bien reçu : eau de vie fabriquée avec un alambic à l’ancienne, fromage et saucisson. Mais j’ai dû les quitter avant la fin de la pause. Moi, j’ai dit stop au bout de trois verres. J’ai failli aller boire l’eau du Danube pour éteindre l’incendie dans mon gosier.

2 commentaires pour “Napoléon et la mafia roumaine. Serbie, 2 juin.”

  • TchiTchi_Da_Dissensus dit :

    passionnant tout ça !

    pourtant, t’as pas réussi à troquer un bouzingrin dans cette babylonie carpate… bah alors koco quand même !

  • TchiTchi_Da_Dissensus dit :

    eh, c’est quoi l’histoire qui a fait de ce Platini : un Napoléon ?

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