Paysans du fleuve. Roumanie, 6 juin.

Il faut s’imaginer un bateau surpuissant équipé de six moteurs Caterpilar, pas seulement destinés à décorer la salle des machines (je le sais, je dors juste au-dessus). Devant, les neuf bateaux transformés en simples barges (des remorques flottantes pour simplifier) peuvent transporter jusqu’à 11000 tonnes de marchandises (imaginez 11000 tonnes de chamalots !). Avec les pilotes, ils sont huit ou dix à travailler sur le pousseur, le cœur du navire, à l’arrière. Devant, il y a un matelot par barge. Le centre-ville et la banlieue pour simplifier. Je dis ça car les deux catégories, « les pousseurs » et les « bargistes », ne se mélangent presque jamais. Devant, les Roumains tutoient presque tous la soixantaine. Leurs mains ressemblent à du bois, leurs pieds à des cailloux. Ils boivent de l’eau de vie artisanale et du vin conditionné dans des packs de lait. Ils survivent comme nos vieux paysans isolés, avec leur chien et leurs poules (une a été privée de son bec car elle mangeait les œufs qu’elle pondait), à l’extrême opposé du mode de vie des Hollandais avec qui j’ai vécu une semaine sur le Rhin. Devant, il y a aussi un couple, Jean et Michaëla. Leur barge est rapidement repérable, c’est celle qui sent toujours le café frais. Michaëla travaille comme deux mais ne touche pas un seul Lei, comme ces femmes agricultrices en France privées de retraite alors qu’elles ont passé leur vie dans les champs. L’hiver, tout le monde se chauffe au bois sur les barges pour économiser la gazoline. Ils la revendent ensuite au noir pour remplir leurs assiettes. C’est ça la vie sur un bateau roumain.




TchiTchi_Da_Dissensus dit :
tu m’étonnes ke sarko-zizi soit séduit par le modèle politique roumain : il veut des français(es) fiers, dignes, travailleurs et… écrasés, atomisés - non ?