Anecdotes danubiennes. 9 juin, Roumanie.

Ce matin, c’est le coq qui m’a arraché du sommeil. Je les admire ces coqs. Contrairement aux hommes, ils n’ont pas été frappés par ce foutu syndrome de Babel. Qu’ils soient roumains ou français, elles parlent décidemment toutes le même langage ces volailles. Malgré la barrière de la langue, j’arrive quand même à communiquer avec tous les membres de l’équipage. La preuve ? Quand Relu m’a offert un cadeau hier (une peluche de marinier sur la photo dans la galerie), j’ai tout de suite compris ce qu’il voulait dire : « Le chapeau, c’est pour te dire qu’on est des mariniers. La grande bouche, c’est parce qu’on parle fort et qu’on raconte des mauvaises blagues. Les tongs, c’est parce qu’on en porte tout le temps. Le short pourri, c’est parce qu’on est toujours mal fagoté. Et le nez rouge… pas besoin de te faire un dessin. » Un peu d’allemand, un peu de roumain, un peu de français, un peu d’anglais : on arrive à se comprendre. Avant-hier, lors de mon quatrième repas de la journée (et encore, je suis obligé de décliner des invitations), j’expliquais à Nicu, un super cuistot, qu’il y a une tradition que je n’aime pas les restaurants de luxe en France, c’est celle de l’hôtelier qui s’approche comme un aimant à chaque fois qu’un verre est vide. Nicu a alors interpellé Jean qui fumait tranquillement une cigarette sous le soleil roumain à l’arrière de sa barge : « En France, au restaurant, il y a quelqu’un qui te remplit ton verre à chaque fois qu’il est vide ! Avec nous, il a intérêt à être du genre sportif le serveur. Parce qu’il faudrait qu’il vienne à notre table toutes les 3 secondes. » A la fin du repas, Nicu a jeté le contenu de la poubelle dans le fleuve. « Vous êtes trop bien éduqués en France », m’a-t-il rétorqué en voyant ma moue désapprobatrice. Il aurait au moins pu mettre des messages dans les bouteilles vides.




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