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Les tsi-tsi, les tsi-tsi, les tsiganes ! 10 juin, canal de la Mer Noire au Danube.

tsiganes

Il ne leur manquait que les drapeaux noirs avec les têtes de mort. Les pirates du Danube sont arrivés avec leurs petites barques lors d’une manœuvre du pousseur, juste à l’entrée du canal de la Mer Noire au Danube. « Les Tsiganes débarquent ! » crie Valérik dans la timonerie, visiblement coutumier du fait. Les membres de l’équipage ne peuvent rien faire. Et c’est par grappes que les voleurs grimpent sur notre embarcation pour voler la ferraille qui dort dans les barges. Comme si la marchandise était une ruche sur laquelle s’agglutineraient des abeilles. Les « Tsiganes » (ce mot claque comme une insulte dans la bouche d’un roumain lambda) grimpent pieds nus sur les montagnes de ferraille. Ces dernières doivent normalement être déchargées à Constanta avant de prendre la route pour la Turquie. Un pilleur me voit jouer avec mon appareil. Le problème, c’est qu’il n’y a ni pyramide, ni tour Eiffel à proximité pour faire diversion. Il sait que j’en ai après lui. Il me fait comprendre qu’il m’ouvrira le ventre si je continue. Et là, je ne sais pas pourquoi, c’est comme si mon appareil pesait des tonnes. J’ai comme une envie soudaine de le poser dans la timonerie et de lâcher ce foutu reflex. J’ai le ventre qui gargouille. Ils sont une vingtaine à trier les morceaux de métal, sans compter les matelots des barges qui acceptent de donner un coup de main contre une ou deux bouteilles de bière. Les « Tsiganes » ne récupèrent pas des boites de conserve, du grillage ou des pédaliers de vélo pour une prochaine sculpture métallique. Non, ils jouent dans la catégorie du radiateur, ou de la porte de camion. Ils remplissent tranquillement leurs barques sous les moustaches de Valérik : « J’ai appelé la police, mais regarde les ! » La police est là, oui, mais sur le rivage, à côté de leur voiture. « Ils ne feront rien, décrypte le capitaine. Ils attendent la fin des opérations pour aller voir le chef des Tsiganes et négocier leur part du butin. » Je ris. Marian, qui assiste à la scène à côté de moi, partage ce moment de bonheur : « Ce qui est surtout amusant, c’est de savoir que cette ferraille va être revendue en Roumanie. Et l’acheteur va sûrement faire appel à un recycleur qui chargera un bateau dans quelques mois pour exporter la marchandise en Turquie, à l’endroit exact où la ferraille devait aller. » Ce jour là, c est certain, les « Tsiganes » seront là pour récupérer quelques radiateurs.

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