Il ne leur
manquait que les drapeaux noirs avec les têtes de mort. Les pirates du Danube
sont arrivés avec leurs petites barques lors d’une manœuvre du pousseur, juste
à l’entrée du canal de la
Mer Noire au Danube. « Les Tsiganes débarquent ! » crie Valérik
dans la timonerie, visiblement coutumier du fait. Les membres de l’équipage ne
peuvent rien faire. Et c’est par grappes que les voleurs grimpent sur notre
embarcation pour voler la ferraille qui dort dans les barges. Comme si la
marchandise était une ruche sur laquelle s’agglutineraient des abeilles. Les «
Tsiganes » (ce mot claque comme une insulte dans la bouche d’un roumain lambda)
grimpent pieds nus sur les montagnes de ferraille. Ces dernières doivent
normalement être déchargées à Constanta avant de prendre la route pour la Turquie. Un pilleur me
voit jouer avec mon appareil. Le problème, c’est qu’il n’y a ni pyramide, ni
tour Eiffel à proximité pour faire diversion. Il sait que j’en ai après lui. Il
me fait comprendre qu’il m’ouvrira le ventre si je continue. Et là, je ne sais
pas pourquoi, c’est comme si mon appareil pesait des tonnes. J’ai comme une
envie soudaine de le poser dans la timonerie et de lâcher ce foutu reflex. J’ai
le ventre qui gargouille. Ils sont une vingtaine à trier les morceaux de métal,
sans compter les matelots des barges qui acceptent de donner un coup de main
contre une ou deux bouteilles de bière. Les « Tsiganes » ne récupèrent pas des
boites de conserve, du grillage ou des pédaliers de vélo pour une prochaine
sculpture métallique. Non, ils jouent dans la catégorie du radiateur, ou de la
porte de camion. Ils remplissent tranquillement leurs barques sous les
moustaches de Valérik : « J’ai appelé la police, mais regarde les ! » La police
est là, oui, mais sur le rivage, à côté de leur voiture. « Ils ne feront rien,
décrypte le capitaine. Ils attendent la fin des opérations pour aller voir le
chef des Tsiganes et négocier leur part du butin. » Je ris. Marian, qui assiste
à la scène à côté de moi, partage ce moment de bonheur : « Ce qui est surtout
amusant, c’est de savoir que cette ferraille va être revendue en Roumanie. Et
l’acheteur va sûrement faire appel à un recycleur qui chargera un bateau dans
quelques mois pour exporter la marchandise en Turquie, à l’endroit exact où la ferraille
devait aller. » Ce jour là, c est certain, les « Tsiganes » seront là pour
récupérer quelques radiateurs.
TchiTchi_Da_Dissensus dit :
samerlipopette, c’est magnifique !