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Archive pour la catégorie 'Non classé'

Mon Solex passe à la télé! 2 juillet, Bordeaux.

télé

Hier, mon frère (au milieu sur l’illustration) est passé à la télévision grâce au jeu «Tout le monde veut prendre sa place » présenté par Nagui vers midi. A un moment de l’émission, au lieu de répondre à la question posée (et de gagner le jeu, quel kamikaze!), il a osé écrire sur le carton : « Salut au Bouzin ». Pour ceux qui n’ont pas suivi le début du périple, le Bouzingrin, c’est le nom du Solex qui m’a aidé à traverser la France, malgré la pétole des canaux du Sud et de l’Est. Interloqué, le présentateur a demandé quelques explications. Et mon frérot a profité de l’occasion pour envoyer le bonjour à mon ex-fidèle monture qui prélasse aujourd’hui ses roues du côté de Rotterdam. Si ça continue, ce Solex va finir par rentrer dans les annales.

A part cette anecdote, j’attends des nouvelles de mon assurance (si elle pouvait lire ce blog…) et j’en profite pour écrire quelques papiers qui m’aideront à repartir. Très vite j’espère.

Le lien à la 33e minute:

mms://a988.v101995.c10199.e.vm.akamaistream.net/7/988/10199/3f97c7e6/ftvigrp.download.akamai.com/10199/horsgv/regions/siege/france2/TLMVPSP/tlmvpsp_20080701.wmv?WMCache=0

2 juillet 2008 - Lire la suite Tags: none

Le jour le plus long. 12 juin, Istanbul.

istanbul ok

 

L’immense navire amarré à Constanta qui devait partir vers la Turquie avec la ferraille de notre pousseur n’a pas voulu m’embarquer à bord. Pas de ferry non plus entre la Roumanie et Istanbul à cette période de l’année. Coincé en Roumanie ? Non, on ne me la fait pas à moi. Je décide alors de rejoindre la cité du Bosphore en bus, après une journée à flâner sur cet immense port, à moitié racheté par les Chinois. Un voyage de 12 heures à travers la Bulgarie. J’arrive dans la banlieue d’Istanbul vers 3 heures du matin. De là, je rejoins le centre historique en taxi. Les taxis du monde entier veulent arnaquer tous les mammifères à sac à dos ? Non, on ne me la fait pas à moi. Je me retrouve entre la basilique Sainte-Sophie et la mosquée Bleue, à attendre le lever du soleil. Seul, dans cet océan architectural, beau à devenir croyant. Je me pose sur un banc. Me laisser abattre par la fatigue ? Non on ne me la fait pas à moi. Je m’endors, apaisé, dans le parc de Sultan Ahmet, bercé par les chants d’oiseaux et le parfum de la mer de Marmara. Au réveil, coup de poignard, mon sac de voyage, que j’avais déposé à quelques centimètres de moi, a disparu. Me faire voler pendant une sieste ? Normalement, on ne me la fait pas à moi. Je crois que quelqu’un l’a fait pourtant… Il est 7 heures. Je m’insulte. Heureusement, mon petit sac à dos (avec mon appareil et mes papiers) me servait de coussin. Je l’ai toujours avec moi.
Je file vers le commissariat touristique qui me renvoie vers le poste de police du quartier. Une femme m’accueille avec une mitraillette. Elle a dû cacher son sourire entre les balles. Une larme de fatigue lui coule même sur la joue droite. Elle me demande de revenir demain. Pas question, on ne me la fait pas à moi… Elle me comprend très bien mais refuse de prendre ma déposition. « Vous devez aller au consulat expliquer votre histoire pour qu’il l’a traduise en turc. On vous fera une déclaration de vol à partir de ce document. » Et me voilà parti de l’autre côté de la Corne d’Or. J’attends une heure devant le consulat. Le commissaire français ne peut rien pour moi : « Notre traductrice est occupée aujourd’hui. Allez voir quelqu’un dans la rue qui comprend l’anglais et il vous fera une traduction. » Merci pour votre aide compatriote… Je finis finalement par trouver un turc adorable « Monsieur Alain », au centre culturel français, qui accepte de m’écrire une lettre en turc. Je retourne au commissariat avec mon précieux sésame. Œil de Limace a disparu, mais d’autres policiers stambouliotes sont là pour m’accueillir. Après quelques heures d’attente, un jeune fonctionnaire finit par me dire : « Désolé, votre récit est en turc, il nous le faut en français pour déposer une plainte. » Peut-être a-t-il senti que j’allais lui voler sa mitraillette avant de lui tirer dans une rotule? Toujours est-il qu’il a finalement accepté de prendre ma déposition après une négociation tendue.
Il est 18 heures. J’erre sur les quais d’Istanbul. Me voilà sans mon sac (et donc sans mes affaires, mes chargeurs d’accus, et mon grand-angle avec qui j’ai fait 90% de mes photos jusque là). Moi, à qui on ne la fait pas en théorie… Après quelques heures de réflexion, je décide de rentrer en France. Le temps de remplacer mon objectif grâce à mon assurance, refaire un paquetage et, j’espère, trouver un pétrolier. Je donne rendez-vous à Istanbul dans quelques semaines.

14 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Une Mer Noire, ça se merite. 10 juin, Constanta.

constanta

Quand j’ai vu la dernière écluse d’Agigea dans le viseur de mon appareil, j’ai cru que j’allais verser quelques larmes. Derrière, la Mer Noire. Après la Gironde, la Garonne, les trois canaux du Sud, le Rhône, la Saône, les canaux de l’Est, le Rhin, le Main, le Danube et ses deux traits d’union fluviaux. Après Toulouse, Avignon, Saint-Jean-de-Losne, Strasbourg, Duisbourg, Rotterdam, Mainz, Vienne, Bratislava, Belgrade et Giurgu. Après quelques tours d’hélice de Solex et de galet de bateau (ou l’inverse). Voilà Constanta et la Mer Noire. J’ai eu comme une sensation de plénitude à ce moment précis. Les membres de l’équipage ont vu la Mer Noire peut-être autant de fois que j’ai lu le journal l’Equipe. Mais là, ils ont voulu partager ce bonheur avec moi en venant tous dans la timonerie. « Si tu veux, je t’accueille 3 mois à Giurgu, le temps pour toi de passer tes diplômes de matelot en Roumanie », me propose sérieusement Eddy. Je souris. Demain, j’irai flâner sur le port de Constanta pour trouver un ferry qui file vers Istanbul. Istanbul plutôt qu’Odessa. Peut-être à cause de toutes ces magnifiques histoires lues sur le Bosphore et la Corne d’Or. C’est là-bas que j’espère trouver un pétrolier. J’y vais à l’aveuglette, comme un navire dans le brouillard. Mais sans radar.

12 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Les tsi-tsi, les tsi-tsi, les tsiganes ! 10 juin, canal de la Mer Noire au Danube.

tsiganes

Il ne leur manquait que les drapeaux noirs avec les têtes de mort. Les pirates du Danube sont arrivés avec leurs petites barques lors d’une manœuvre du pousseur, juste à l’entrée du canal de la Mer Noire au Danube. « Les Tsiganes débarquent ! » crie Valérik dans la timonerie, visiblement coutumier du fait. Les membres de l’équipage ne peuvent rien faire. Et c’est par grappes que les voleurs grimpent sur notre embarcation pour voler la ferraille qui dort dans les barges. Comme si la marchandise était une ruche sur laquelle s’agglutineraient des abeilles. Les « Tsiganes » (ce mot claque comme une insulte dans la bouche d’un roumain lambda) grimpent pieds nus sur les montagnes de ferraille. Ces dernières doivent normalement être déchargées à Constanta avant de prendre la route pour la Turquie. Un pilleur me voit jouer avec mon appareil. Le problème, c’est qu’il n’y a ni pyramide, ni tour Eiffel à proximité pour faire diversion. Il sait que j’en ai après lui. Il me fait comprendre qu’il m’ouvrira le ventre si je continue. Et là, je ne sais pas pourquoi, c’est comme si mon appareil pesait des tonnes. J’ai comme une envie soudaine de le poser dans la timonerie et de lâcher ce foutu reflex. J’ai le ventre qui gargouille. Ils sont une vingtaine à trier les morceaux de métal, sans compter les matelots des barges qui acceptent de donner un coup de main contre une ou deux bouteilles de bière. Les « Tsiganes » ne récupèrent pas des boites de conserve, du grillage ou des pédaliers de vélo pour une prochaine sculpture métallique. Non, ils jouent dans la catégorie du radiateur, ou de la porte de camion. Ils remplissent tranquillement leurs barques sous les moustaches de Valérik : « J’ai appelé la police, mais regarde les ! » La police est là, oui, mais sur le rivage, à côté de leur voiture. « Ils ne feront rien, décrypte le capitaine. Ils attendent la fin des opérations pour aller voir le chef des Tsiganes et négocier leur part du butin. » Je ris. Marian, qui assiste à la scène à côté de moi, partage ce moment de bonheur : « Ce qui est surtout amusant, c’est de savoir que cette ferraille va être revendue en Roumanie. Et l’acheteur va sûrement faire appel à un recycleur qui chargera un bateau dans quelques mois pour exporter la marchandise en Turquie, à l’endroit exact où la ferraille devait aller. » Ce jour là, c est certain, les « Tsiganes » seront là pour récupérer quelques radiateurs.

12 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Anecdotes danubiennes. 9 juin, Roumanie.

oiseau

Ce matin, c’est le coq qui m’a arraché du sommeil. Je les admire ces coqs. Contrairement aux hommes, ils n’ont pas été frappés par ce foutu syndrome de Babel. Qu’ils soient roumains ou français, elles parlent décidemment toutes le même langage ces volailles. Malgré la barrière de la langue, j’arrive quand même à communiquer avec tous les membres de l’équipage. La preuve ? Quand Relu m’a offert un cadeau hier (une peluche de marinier sur la photo dans la galerie), j’ai tout de suite compris ce qu’il voulait dire : « Le chapeau, c’est pour te dire qu’on est des mariniers. La grande bouche, c’est parce qu’on parle fort et qu’on raconte des mauvaises blagues. Les tongs, c’est parce qu’on en porte tout le temps. Le short pourri, c’est parce qu’on est toujours mal fagoté. Et le nez rouge… pas besoin de te faire un dessin. » Un peu d’allemand, un peu de roumain, un peu de français, un peu d’anglais : on arrive à se comprendre. Avant-hier, lors de mon quatrième repas de la journée (et encore, je suis obligé de décliner des invitations), j’expliquais à Nicu, un super cuistot, qu’il y a une tradition que je n’aime pas les restaurants de luxe en France, c’est celle de l’hôtelier qui s’approche comme un aimant à chaque fois qu’un verre est vide. Nicu a alors interpellé Jean qui fumait tranquillement une cigarette sous le soleil roumain à l’arrière de sa barge : « En France, au restaurant, il y a quelqu’un qui te remplit ton verre à chaque fois qu’il est vide ! Avec nous, il a intérêt à être du genre sportif le serveur. Parce qu’il faudrait qu’il vienne à notre table toutes les 3 secondes. » A la fin du repas, Nicu a jeté le contenu de la poubelle dans le fleuve. « Vous êtes trop bien éduqués en France », m’a-t-il rétorqué en voyant ma moue désapprobatrice. Il aurait au moins pu mettre des messages dans les bouteilles vides.

11 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

La Mer Noire avec mon équipage préféré. 9 juin, Danube roumain.

 

 

mosaique


J’ai la baraka. Le pousseur qui devait s’arrêter a Severin continue finalement sa course avec des barges gavées de ferraille vers Constanta. Constanta, c’est la Mer Noire. Encore trois jours de navigation, et j’aurais traversé l’Europe. En plus, je vais pouvoir partager ces moments sur le Danube avec mon équipage roumain préféré. Ca, c’est un luxe.

11 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Portes de Fer. 8 juin, Roumanie.

portes de fer

11 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Un repas mémorable. 6 juin, Portes de Fer (Roumanie).

repas

« Eh ! Arnold » Pas une minute ne passe sans que mon nom résonne dans la vallée du Danube. Et je peux vous jurer qu’une voix rocailleuse de marinier chauffée à blanc pendant plus de 30 ans, ça résonne. Maintenant que j’ai été adopté par le petit village flottant, les tapes dans le dos fusent au même rythme que les invitations. Hier soir, c’est chez Nicou que j’ai dégusté la mamaliga (purée de maïs) et le poulet barbecue arrosé à la bière. Yelari, le gars qui s’arrache la gorge sur la photo (je ne l’ai jamais entendu parler normalement, il faudra certainement qu’il perde ses cordes vocales pour arrêter de crier), et Marian nous ont rejoint pour fêter ça. « Ce soir, on célèbre le Christ », trinque Nicou en ouvrant une bouteille sans étiquette. Ce n’était pas de l’eau bénite. Question viande, notre hôte a décidé de sacrifier un de ses poulets. Et comme la pluie est venue chacailler les braises, Nicou a dû rentrer le barbecue dans sa cabine (il a ouvert les fenêtres quand même). On a mangé à la sénégalaise, avec les mains. Dans 20 ans, quand cette aventure se sera diluée dans le fleuve du temps qui passe, il restera ce petit îlot de souvenir : ce barbecue nocturne, sous la pluie, au milieu des falaises de la région de Kazan. Un pur moment de bonheur. « Je t’avais dit que j’étais un bon cuistot. Quand tu auras des enfants, tu viendras me voir en Roumanie. Et je leur ferai la même chose à manger. » En partant, Yelari a failli tomber à l’eau en pissant par-dessus la barrière. « Fais gaffe, a crié Nicou avant de se retourner vers moi. Une fois j’ai perdu un camarade dans une écluse comme ça. Plouf, on ne l’a jamais revu. Une autre fois, c’est une amarre qui a cédé et qui a coupé la tête de mon meilleur ami. » Nicou m’a lâché ça devant les braises mortes du barbecue. Il a bu un dernier verre. Et il est allé se coucher.

7 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Paysans du fleuve. Roumanie, 6 juin.

paysan

Il faut s’imaginer un bateau surpuissant équipé de six moteurs Caterpilar, pas seulement destinés à décorer la salle des machines (je le sais, je dors juste au-dessus). Devant, les neuf bateaux transformés en simples barges (des remorques flottantes pour simplifier) peuvent transporter jusqu’à 11000 tonnes de marchandises (imaginez 11000 tonnes de chamalots !). Avec les pilotes, ils sont huit ou dix à travailler sur le pousseur, le cœur du navire, à l’arrière. Devant, il y a un matelot par barge. Le centre-ville et la banlieue pour simplifier. Je dis ça car les deux catégories, « les pousseurs » et les « bargistes », ne se mélangent presque jamais. Devant, les Roumains tutoient presque tous la soixantaine. Leurs mains ressemblent à du bois, leurs pieds à des cailloux. Ils boivent de l’eau de vie artisanale et du vin conditionné dans des packs de lait. Ils survivent comme nos vieux paysans isolés, avec leur chien et leurs poules (une a été privée de son bec car elle mangeait les œufs qu’elle pondait), à l’extrême opposé du mode de vie des Hollandais avec qui j’ai vécu une semaine sur le Rhin. Devant, il y a aussi un couple, Jean et Michaëla. Leur barge est rapidement repérable, c’est celle qui sent toujours le café frais. Michaëla travaille comme deux mais ne touche pas un seul Lei, comme ces femmes agricultrices en France privées de retraite alors qu’elles ont passé leur vie dans les champs. L’hiver, tout le monde se chauffe au bois sur les barges pour économiser la gazoline. Ils la revendent ensuite au noir pour remplir leurs assiettes. C’est ça la vie sur un bateau roumain.

7 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Marian a épousé le Danube. 5 juin.

marian

Marian (à droite sur la photo) est le seul roumain de l’équipage qui n’a pas grandi le long du fleuve. Il a fait ses études à Bucarest où il a appris l’anglais. Hier, Marian m’a montré ses photos : le bateau sous 50 centimètres de neige, le pont de Bratislava, les falaises de Roumanie, son pigeon. Son pigeon ? Un compagnon de route qui passe son temps à se regarder dans la glace de sa cabine. « Je l’ai récupéré en Hongrie. Il était blessé. Maintenant qu’il est soigné, j’attends que le bateau remonte vers Budapest pour le libérer à l’endroit où je l’ai récupéré. » Sur un bateau, ça fume, ça picole, ça balance des blagues grassouillettes au petit matin, ça pêche, ça regarde la télé, mais en aucun cas ça récupère des animaux en détresse. Marian vit ainsi, avec sa sensible virilité. Il travaille 9 ou 10 mois par an et touche 200 euros par mois, 100 quand il est à terre. « Je suis obligé de cultiver des légumes et de les vendre sur le marché pour survivre. » Il pourrait travailler pour une société allemande et quintupler son salaire, mais le jeune marinier a des problèmes de dos, « personne ne voudrait de moi ». « Et puis ici, on est une petite famille. » Marian est marié, rêve d’avoir un enfant du haut de ses 32 ans. « Mais ma femme n’en veut pas pour l’instant, elle trouve que je suis trop souvent absent. » Sa femme n’a pas tort. Quand on sait que Marian est en concubinage avec le Danube deux mois sur trois, elle a peut-être l’impression de n’être que sa maîtresse.

7 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Nouvelle chemise, nouvelles fraîches. Entre Bezdan (Serbie) et Turnu-Severin (Roumanie), 4 juin.

chemise

3 juin vers midi. Daniel me dit que le pousseur vient d’arriver à Bezdan, il faut que j’y aille. Avant de partir, il me donne 3 paquets de cigarettes (« prends, prends »), 10 pommes (« ne discute pas »), un débardeur pour ma compagne en France (« ça me fait plaisir, elle est très mignonne sur tes photos »), un kit de couture (« on ne sait jamais »), le numéro de téléphone de son fils en Roumanie (« il parle anglais »). Il grimpe même dans le taxi avec moi. Daniel est du genre à donner sa chemise. Il m’en donne une d’ailleurs (photo): « Je ne rentre pas dedans avec mon ventre, prends la. » Dans la voiture, le capitaine me briefe : « Dans l’autre bateau, tu ne poses pas de questions. Si tu vois des choses bizarres, tu ne discutes pas. » Je comprendrai pourquoi plus tard, mais je n’en parlerai pas, tout du moins tant que je serai sur ce fleuve.
3 juin vers 14 heures. A la douane fluviale, on me confisque mon passeport pendant deux heures. « Pourquoi tu n’y vas pas en avion à Moscou ? », me demande une douanière aussi sympathique qu’un vieux bout de charbon. Heureusement, je fais connaissance avec deux jeunes douaniers qui m’invitent en juillet à un gros festival de rock près de Belgrade. Je récupère mon passeport et grimpe sur le mastodonte du Danube.
3 juin 18 heures. Les membres de l’équipage, tous Roumains, se méfient de moi. « T’es un paparazzi ? » Alors que le pousseur et ses 9 barges filent vers Vukovar, un minuscule bateau débarque rive gauche (côté Serbie, rive droite c’est la Croatie). Un homme monte à bord et me donne son numéro de téléphone. Marian, un peu affolé, lui dit que je ne fais pas partie de l’équipage. Pendant que le Serbe parlemente, sa barque se détache de notre bateau. Je préviens le propriétaire en lui montrant la tache verte qui disparaît vers l’horizon. Je crois reconnaître l’expression de son visage, peut-être celle d’une mère qui voit son enfant happé par une vague… Le Serbe se jette à l’eau. Il nage bien.
3 juin, 20 heures. Je dis à Valérik, le second capitaine, de ne pas s’inquiéter pour l’épisode de la barque, je ne suis pas policier (même si je connais le chef de la police municipale de Charmes près de Nancy…). J’ai besoin d’avancer, ce n’est pas moi qui vais mettre des battons de douaniers dans les hélices du bateau. Il est rassuré. Il me dit que cela fait plus de 30 ans qu’il navigue sur le Danube « En octobre 1992, j’ai téléphoné à un journaliste pour lui raconter que j’étais sous une pluie d’obus. » La navigation n’a pas été interrompue pendant la guerre dans les Balkans. « Il y a encore des traces d’impact de balles sur le bateau. Une fois, des militaires sont venus piller nos frigos. Je n’ai jamais su s’ils étaient du côté serbe ou kosovar. »
4 juin, 8 heures. Le pousseur arrive à Novi Sad. Des carcasses de ponts prouvent que les tirs d’obus ne sont pas tous tombés dans le Danube. Un nouveau pont est en train de voir le jour pour remplacer le provisoire, bien trop étriqué pour laisser passer les gros convois. « Ce sont les Pays-Bas et l’Allemagne qui financent », m’assure Valérik. Les deux pays ont des intérêts sur le fleuve. Le bateau est obligé d’abandonner ses neuf barges en amont du pont de fortune. Il les fait passer deux par deux. La manœuvre dure 8 heures.
4 juin 13 heures. Les Roumains ont fini par comprendre que je n’étais pas un agent secret. Ils m’offrent la soupe, une vodka, et des grandes tapes dans le dos. 4 juin, au milieu de la nuit. Je me demande si le Serbe d’hier nage encore.
5 juin, 14 heures. Nous arrivons à la frontière roumaine. Les membres de l’équipage se mettent sur leur 31 pour acheter de l’alcool et des cigarettes dans le dernier supermarché serbe qui jouxte le poste frontière. Les vendeuses ont peur de nous. Avant de quitter la Serbie, les douaniers demandent 200 euros à l’équipage « si vous voulez rentrer en Roumanie, c’est à vous de voir… » Une pratique courante. Mais les matelots ont tout dépensé en vodka et cigarette. Quatre heures plus tard, la police nous laisse partir.
5 juin, 19 heures. Violel hisse le drapeau roumain au-dessus de la timonerie.
5 juin, dans la nuit. Le pousseur jette les ancres pour ne pas traverser les gorges de Kazan de nuit.
6 juin, 5 heures. Malgré ses 300 mètres de long, le bateau semble minuscule au milieu des falaises (faites un tour du côté de la galerie photo).
6 juin, 14 heures. Après avoir passé l’écluse des Portes de Fer, nous arrivons à Turnu-Severin, sous un rideau de pluie. Je vais devoir trouver un autre bateau.

6 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

La Mer Noire se rapproche. 3 juin, Apatin.

porte fer

Bonne nouvelle : ce soir ou demain, je risque d’embarquer sur un pousseur roumain à Bezdan (un bateau surpuissant qui pousse 9 énormes barges, voir photo), à une trentaine de kilomètres d’Apatin. Au départ, le capitaine du pousseur était réticent à l’idée d’accueillir un journaliste. « Nous sommes déjà une dizaine à bord, les cabines sont toutes occupées », a-t-il expliqué. Mais Daniel a réussi à le convaincre de me faire dormir sur le canapé. Si le plan que m’a dégoté mon ange gardien roumain fonctionne, je passerai du kilomètre 1425 au 930, situé à Turnu Severin en Roumanie. Il ne me restera plus qu’à parcourir un peu moins de 1000 kilomètres pour atteindre le delta du Danube. La suite, par contre, risque d’être beaucoup plus compliquée selon les dires des différents capitaines que j’ai rencontrés : « Tu n’arriveras pas à traverser la Mer Noire et la Mer d’Azov depuis la Roumanie.» Deux solutions s’offrent donc à moi si je parviens à caresser le delta : soit je pars en Ukraine sur les bords de la Mer Noire, à Odessa exactement, soit je descends à Istanbul pour trouver un pétrolier qui passe par le Bosphore. Pour le moment, je n’ai aucun contact fiable, si ce n’est un armateur français qui possède des cargos en Russie. J’ai bien tenté d’embarquer sur une croisière touristique sur la Volga, mais la traversée du plus long fleuve d’Europe revient grosso modo à 2000 euros (impossible de faire du stop sur ce genre de bateau). Mes économies fondent comme un iceberg. Et il fait chaud en ce moment.

6 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Napoléon et la mafia roumaine. Serbie, 2 juin.

platoche

Michaël (Mi-Ra-El), dit Michel Platini, (« ou Napoléon pour les intimes », m’avouera-t-il plus tard) nous vient tout droit de Giurgu, cité roumaine qui a enfanté un beau paquet de mariniers sur le Danube. Avant de travailler sur un bateau allemand (« pour gagner plus d’argent, 1100 euros par mois, bien plus que les 200 euros des ouvriers du chantier ici»), il a longtemps navigué pour une société roumaine. Le jeune quadra connaît visiblement la France pour avoir joué les mécaniciens sur la Moselle à une époque. « Je sais dire : bijour jo m’appille Michel, à la gare de Metz siouplet Misieur le taxi. » Quand je lui dis que je rêve encore du but d’Hagi de la coupe du monde 94 (un magnifique lob du gauche, un joyau ce but franchement), il tombe presque à la renverse : « Hagi, c’est devenu un Dieu en Roumanie. Moi il y a des joueurs que j’aime bien chez toi à Bordeaux : Tigana, Trésor, Baptiston. » Grâce à son anglais plus que correct, « Platoche » me parle d’Apatin, cette ville serbe ultra fliquée depuis la fin de la guerre, de toutes ces jeunes filles qui vendent leur corps pour 10 euros, et du chantier où notre tanker fait actuellement sa cure de jouvence: « Certains propriétaires préfèrent rénover leur navire en Hollande ou en Allemagne, car le travail est vraiment nickel là-bas. Mais comme c’est très cher, les autres se rabattent sur la Serbie ou la Roumanie. En contrepartie, les délais ne sont jamais respectés. » Entre deux cigarettes « Bond », Napoléon m’explique que la majorité des ouvriers du chantier viennent de Roumanie. Ils forment une sorte de communauté, « une mafia si tu préfères ». Vu leur salaire, ils sont obligés de faire du business pour survivre : cigarettes, alcool… Tout se vend et s’achète à la barbe et au nez des caméras de surveillance, qui ne pourraient même pas détecter un char russe en train de brûler au milieu du chantier. « Qu’est-ce que tu veux, c’est la loi de l’argent qui régit ici. Mais inutile de te dire que l’ardeur au travail n’est pas la qualité première des ouvriers. La dernière fois, je me faisais un DVD en plein après-midi, et je me suis rendu compte qu’ils étaient cinq ou six derrière mon hublot en train de regarder mon film avec une bière à la main. » Platini leur a ouvert la porte, solidarité roumaine oblige. Pour me prouver sa bonne foi, Mi-Ra-El m’a fait une visite guidée du chantier ce matin. Vers 8h30, nous sommes allés dans la salle de repos des Roumains (la photo avec le joli poster). J’ai été très bien reçu : eau de vie fabriquée avec un alambic à l’ancienne, fromage et saucisson. Mais j’ai dû les quitter avant la fin de la pause. Moi, j’ai dit stop au bout de trois verres. J’ai failli aller boire l’eau du Danube pour éteindre l’incendie dans mon gosier.

6 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

J’ai rencontré Michel Platini. Apatin (Serbie), 2 juin.

apatin

Hier matin, Daniel est venu me voir pour savoir si je voulais aller en Serbie en voiture avec lui : « Je vais embarquer sur un autre bateau, le Michaël, à Apatin, une petite ville située près de la frontière hongroise. Là-bas, je demanderai à des amis roumains s’ils continuent leur route vers la Mer Noire. » Je n’ai pas hésité longtemps, même si cette solution me fait rater la traversée de Budapest, LA ville mythique du Danube. Un saute mouton de quelques centaines de kilomètres (voir carte dans la colonne de droite). J’ai besoin des contacts de Daniel pour avancer, je décide donc d’embarquer dans la voiture en compagnie du capitaine et du propriétaire du bateau, (Ulrich, l’Allemand, c’est lui qui conduit. Shumi est allemand aussi non ?). L’Audi flambant neuve va un peu plus vite que le Janine. Au-dessus des 220 km/h, je commence à m’inquiéter. On rejoint la frontière slovaquo-hongroise le temps d’un éternuement. La traversée de la Hongrie dure à peine 3 articles du Courrier International (et encore, Ulrich s’est arrêté pour boire un café). « Il est pareil avec ses bateaux, m’avouera plus tard Daniel, livide. Il est un peu cascadeur le Ulrich. » On rentre en Serbie en fin d’après-midi (toujours à 200 km/h, même sur les routes empruntées par les chevaux). 50 kilomètres plus loin, nous voilà à Apatin, petite ville qui abrite un chantier naval. C’est là que le tanker Michaël subit une révision complète. Il est sur cale, les tripes à l’air. « Tous les cinq ans, il faut refaire les peintures et quelques soudures. On le remettra à l’eau dans deux ou trois jours », m’explique le capitaine. A bord, deux Roumains nous accueillent. Daniel (comme l’autre capitaine) et Michaël (comme le bateau). « Appelle moi Michel Platini », me propose ce dernier. Gros personnage à l’horizon. Mais ça c’est pour un prochain épisode…

2 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Drôles d’histoires. 1 juin, Bratislava.

singe

 

Hier matin, Daniel (sur la photo) a regardé les informations roumaines à la télévision. Il a failli s’étouffer en riant : « 135 touristes roumains se sont retrouvés à la rue à Paris. Ils étaient venus passer une semaine en France, mais quand ils ont frappé à la porte de l’hôtel soit disant réservé par le voyagiste, on leur a dit qu’il était déjà complet. En fait, le séjour proposé par la compagnie française sur internet était une grosse escroquerie. » Le capitaine rajoute : « Et après, vous, les Français, vous dites que c’est dangereux de faire du tourisme en Roumanie à cause des vols. »
Dans l’après-midi, j’ai longuement parlé avec le responsable local d’une entreprise de nettoyage de bateaux. Le Slovaque ne m’a pas beaucoup fait rire, surtout quand il a commencé à parler des Tziganes (« ils sont comme vos gars qui brûlent les voitures dans les banlieues, ils n’arrêtent pas de se plaindre au lieu de travailler », ça me fait penser que ce n’est pas la première fois que je rencontre des racistes depuis le début de mon périple, mais ça, j’en parlerai plus tard). Mais sa description du transport international avait du bon : « On dépense des millions pour déplacer des marchandises à travers le monde alors qu’on peut les trouver à quelques kilomètres de chez soi. Regarde moi par exemple, je possède deux tankers. Je transporte de l’essence d’une marque X de l’Allemagne à la Hongrie. Et celle d’une marque Y de la Hongrie à l’Allemagne. Moi, je m’en fous, on me paye pour ça. Mais c’est vrai que ce n’est pas très logique. »

2 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

Le bateau se repose. L’équipage, jamais. 1 juin, Bratislava.

camboui

Je patiente sous la canicule de Bratislava (35 degrés). Le remplacement du moteur malade va durer dix jours. Mais dans ce milieu, 10 jours sont souvent synonymes de 20. Lundi, Daniel devrait appeler des amis roumains pour savoir si, un, ils peuvent m’embarquer à bord, si, deux, ils naviguent vers la Mer Noire, si, trois, ils sont plus proches de Vienne que de Rotterdam. De mon côté, je n’ai que des contacts d’armateurs français, hollandais ou allemands. Je croise donc les doigts pour que le plan de Daniel fonctionne. Et dire que je devais rejoindre la Mer Noire avec Janine… Quel dommage. Le tanker, justement, bronze dans le port slovène. Mais contrairement aux idées reçues, rester à quais n’est pas synonyme de chômage technique pour l’équipage. Hier, nous avons passé la journée dans les cuves pour nettoyer les dépôts d’huile de soja par exemple. Sale boulot. Les photos évoquant les siestes, les baignades dans les eaux du Danube, les parties de football, les films sur les Tchétchènes et les assiettes bien remplies ne sont pas le reflet de la réalité. Car ça trime dur sur les « river ship » (bateau de rivière). Pendant la navigation, il faut se lever toutes les heures pour réveiller les amarres dans les écluses (même pendant la nuit), bichonner le moteur, laver quasi quotidiennement le bateau, poncer et peindre (la rouille, c’est l’ennemi numéro 1), gérer l’administratif (« c’est ce qui va mener notre civilisation à sa perte », pense le capitaine Daniel à ce propos), tenter d’organiser un programme (« c’est difficile de savoir ce qu’on va faire le lendemain, il y a toujours des imprévus »). Drôle de vie que celle de ces marins d’eau douce. Et je ne parle pas de l’éloignement, qui est plutôt une source de satisfaction chez eux. « Quand je suis chez moi plus d’une semaine, je n’ai qu’une envie, c’est de repartir sur un bateau », sourit Daniel. C’est exactement ce que m’avaient dit Sylvain sur le Rhône et André sur le Rhin. Chez les mariniers, vivre loin des siens, c’est presque aussi naturel que le courant d’une rivière.

2 juin 2008 - Lire la suite Tags: none

De la salle des machines au Moulin Rouge. 31 mai, Bratislava.

reparation

Hier apres-midi, Alexander est sorti de la salle des machines recouvert d’huile de moteur. “Motor, dynamite”, m’a t-il lance avec fougue. Le diagnostic est clair: un des propulseurs du bateau est mort. Nous sommes bloques a Bratislava. “Tu peux rester un mois sur le bateau si tu veux, ce n’est pas un probleme”, m’a propose le capitaine Daniel. C’est gentil. Mais il va falloir que je trouve un autre bateau si je veux voir un jour le delta du Danube. Pour ne pas abandonner lachement le navire, j’ai tente un coup en sortant le manuel de reparation du moteur de Solex, seul souvenir que j’ai garde de mon vieux compagnon (paix a ton ame petit Bouzingrin). “C’est peut-etre la membrane ou bien le galet.” C’est l’avantage de parler le francais avec Ukrainien. Il ne comprend pas toutes les betises que je peux deblaterer. L’heure est grave sur le Janine: le proprietaire du bateau, un pilote allemand prenomme Ulrich, est venu directement a Bratislava depuis Belgrade pour dire adieu a son propulseur (quand je vous disais qu’il raclait de la gorge ce moteur…). Et pour noyer son chagrin, il nous a tous invite au Moulin Rouge (ca ne s’invente pas), une discotheque branchee de Bratislava. En partant de Bordeaux, je ne pensais vraiment pas que je finirai dans une boite de nuit slovaque a boire des schnaps avec un Allemand barbu, un Ukrainien et sa veste moulante ouverte avec les poils du torse qui depassent, et deux Roumains. “Tu te rends compte, en Slovaquie, il y a cinq femmes pour un homme”, opine Marian, roi des statistiques. Je tiens quand meme a remercier les huit molosses du Moulin Rouge made in Slovaquia, qui ont fait preuve d’une certaine indulgence vis a vis de ma tenue vestimentaire (jean troue et claquettes), alors que je n’ai jamais pu rentrer dans une boite de nuit en France (meme dans les bars de la Victoire a Bordeaux, les videurs ne voulaient pas de nous), si ce n’est dans un vieux repere de motards en fin de vie jouxtant une casse de voitures. La soiree fut belle. “On connait les bonnes adresses dans tous les ports d’Europe, m’explique Daniel. Quand on a un probleme mecanique, on evite de tourner en rond sur le bateau. Et on en profite pour se melanger aux Terriens.” Et aux Terriennes.

31 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

You talkin’ to me? Bratislava, 29 mai.

de niro


J’ai decouvert une expo photos dans les rues de Bratislava aujourd’hui. Une photo Deniresque pour le personnage de gauche, non? “You talkin’ to me?”

30 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

Du bon son sur le bateau? Bratislava, 29 mai.

son


En fevrier dernier, le collectif Dissensus organisait un nouveau round de son “championnat du monde de musique de merde” a l’Ubussensus a Bordeaux. Pendant ce temps sur le Janine, du cote de la Slovaquie…

30 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

C’est bientot l’Euro. 29 mai, Bratislava.

foot

Petit rappel: Daniel et Marian sont Roumains, pays qui va affronter la France lors du prochain Euro. Alors quand on a cinq minutes, on se fait un petit France-Roumanie sur le pont du Janine pour se chambrer un peu. J’ai pris un petit pont hier. C’est pas grave, tant que notre bateau enchaine les grands ponts.

30 mai 2008 - Lire la suite Tags: none