Bordeaux-Moscou en bateau-stop par Arnaud Dejeans http://bateaustop.blogsudouest.com Un blog SUD OUEST BLOGS weblog Fri, 04 Jul 2008 08:29:26 +0000 http://wordpress.org/?v=wordpress-mu-1.2.1 fr Mon Solex passe à la télé! 2 juillet, Bordeaux. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/07/02/mon-solex-passe-a-la-tele-2-juillet-bordeaux/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/07/02/mon-solex-passe-a-la-tele-2-juillet-bordeaux/#comments Wed, 02 Jul 2008 14:19:50 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/07/02/mon-solex-passe-a-la-tele-2-juillet-bordeaux/ télé

Hier, mon frère (au milieu sur l’illustration) est passé à la télévision grâce au jeu «Tout le monde veut prendre sa place » présenté par Nagui vers midi. A un moment de l’émission, au lieu de répondre à la question posée (et de gagner le jeu, quel kamikaze!), il a osé écrire sur le carton : « Salut au Bouzin ». Pour ceux qui n’ont pas suivi le début du périple, le Bouzingrin, c’est le nom du Solex qui m’a aidé à traverser la France, malgré la pétole des canaux du Sud et de l’Est. Interloqué, le présentateur a demandé quelques explications. Et mon frérot a profité de l’occasion pour envoyer le bonjour à mon ex-fidèle monture qui prélasse aujourd’hui ses roues du côté de Rotterdam. Si ça continue, ce Solex va finir par rentrer dans les annales.

A part cette anecdote, j’attends des nouvelles de mon assurance (si elle pouvait lire ce blog…) et j’en profite pour écrire quelques papiers qui m’aideront à repartir. Très vite j’espère.

Le lien à la 33e minute:

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Le jour le plus long. 12 juin, Istanbul. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/14/le-jour-le-plus-long-12-juin-istanbul/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/14/le-jour-le-plus-long-12-juin-istanbul/#comments Sat, 14 Jun 2008 13:30:55 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/14/le-jour-le-plus-long-12-juin-istanbul/

istanbul ok

 

L’immense navire amarré à Constanta qui devait partir vers la Turquie avec la ferraille de notre pousseur n’a pas voulu m’embarquer à bord. Pas de ferry non plus entre la Roumanie et Istanbul à cette période de l’année. Coincé en Roumanie ? Non, on ne me la fait pas à moi. Je décide alors de rejoindre la cité du Bosphore en bus, après une journée à flâner sur cet immense port, à moitié racheté par les Chinois. Un voyage de 12 heures à travers la Bulgarie. J’arrive dans la banlieue d’Istanbul vers 3 heures du matin. De là, je rejoins le centre historique en taxi. Les taxis du monde entier veulent arnaquer tous les mammifères à sac à dos ? Non, on ne me la fait pas à moi. Je me retrouve entre la basilique Sainte-Sophie et la mosquée Bleue, à attendre le lever du soleil. Seul, dans cet océan architectural, beau à devenir croyant. Je me pose sur un banc. Me laisser abattre par la fatigue ? Non on ne me la fait pas à moi. Je m’endors, apaisé, dans le parc de Sultan Ahmet, bercé par les chants d’oiseaux et le parfum de la mer de Marmara. Au réveil, coup de poignard, mon sac de voyage, que j’avais déposé à quelques centimètres de moi, a disparu. Me faire voler pendant une sieste ? Normalement, on ne me la fait pas à moi. Je crois que quelqu’un l’a fait pourtant… Il est 7 heures. Je m’insulte. Heureusement, mon petit sac à dos (avec mon appareil et mes papiers) me servait de coussin. Je l’ai toujours avec moi.
Je file vers le commissariat touristique qui me renvoie vers le poste de police du quartier. Une femme m’accueille avec une mitraillette. Elle a dû cacher son sourire entre les balles. Une larme de fatigue lui coule même sur la joue droite. Elle me demande de revenir demain. Pas question, on ne me la fait pas à moi… Elle me comprend très bien mais refuse de prendre ma déposition. « Vous devez aller au consulat expliquer votre histoire pour qu’il l’a traduise en turc. On vous fera une déclaration de vol à partir de ce document. » Et me voilà parti de l’autre côté de la Corne d’Or. J’attends une heure devant le consulat. Le commissaire français ne peut rien pour moi : « Notre traductrice est occupée aujourd’hui. Allez voir quelqu’un dans la rue qui comprend l’anglais et il vous fera une traduction. » Merci pour votre aide compatriote… Je finis finalement par trouver un turc adorable « Monsieur Alain », au centre culturel français, qui accepte de m’écrire une lettre en turc. Je retourne au commissariat avec mon précieux sésame. Œil de Limace a disparu, mais d’autres policiers stambouliotes sont là pour m’accueillir. Après quelques heures d’attente, un jeune fonctionnaire finit par me dire : « Désolé, votre récit est en turc, il nous le faut en français pour déposer une plainte. » Peut-être a-t-il senti que j’allais lui voler sa mitraillette avant de lui tirer dans une rotule? Toujours est-il qu’il a finalement accepté de prendre ma déposition après une négociation tendue.
Il est 18 heures. J’erre sur les quais d’Istanbul. Me voilà sans mon sac (et donc sans mes affaires, mes chargeurs d’accus, et mon grand-angle avec qui j’ai fait 90% de mes photos jusque là). Moi, à qui on ne la fait pas en théorie… Après quelques heures de réflexion, je décide de rentrer en France. Le temps de remplacer mon objectif grâce à mon assurance, refaire un paquetage et, j’espère, trouver un pétrolier. Je donne rendez-vous à Istanbul dans quelques semaines.

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Une Mer Noire, ça se merite. 10 juin, Constanta. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/12/une-mer-noire-ca-se-merite-10-juin-constanta/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/12/une-mer-noire-ca-se-merite-10-juin-constanta/#comments Thu, 12 Jun 2008 01:41:42 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/12/une-mer-noire-ca-se-merite-10-juin-constanta/ constanta

Quand j’ai vu la dernière écluse d’Agigea dans le viseur de mon appareil, j’ai cru que j’allais verser quelques larmes. Derrière, la Mer Noire. Après la Gironde, la Garonne, les trois canaux du Sud, le Rhône, la Saône, les canaux de l’Est, le Rhin, le Main, le Danube et ses deux traits d’union fluviaux. Après Toulouse, Avignon, Saint-Jean-de-Losne, Strasbourg, Duisbourg, Rotterdam, Mainz, Vienne, Bratislava, Belgrade et Giurgu. Après quelques tours d’hélice de Solex et de galet de bateau (ou l’inverse). Voilà Constanta et la Mer Noire. J’ai eu comme une sensation de plénitude à ce moment précis. Les membres de l’équipage ont vu la Mer Noire peut-être autant de fois que j’ai lu le journal l’Equipe. Mais là, ils ont voulu partager ce bonheur avec moi en venant tous dans la timonerie. « Si tu veux, je t’accueille 3 mois à Giurgu, le temps pour toi de passer tes diplômes de matelot en Roumanie », me propose sérieusement Eddy. Je souris. Demain, j’irai flâner sur le port de Constanta pour trouver un ferry qui file vers Istanbul. Istanbul plutôt qu’Odessa. Peut-être à cause de toutes ces magnifiques histoires lues sur le Bosphore et la Corne d’Or. C’est là-bas que j’espère trouver un pétrolier. J’y vais à l’aveuglette, comme un navire dans le brouillard. Mais sans radar.

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Les tsi-tsi, les tsi-tsi, les tsiganes ! 10 juin, canal de la Mer Noire au Danube. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/12/les-tsi-tsi-les-tsi-tsi-les-tsiganes%c2%a0-10-juin-canal-de-la-mer-noire-au-danube/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/12/les-tsi-tsi-les-tsi-tsi-les-tsiganes%c2%a0-10-juin-canal-de-la-mer-noire-au-danube/#comments Thu, 12 Jun 2008 01:38:09 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/12/les-tsi-tsi-les-tsi-tsi-les-tsiganes%c2%a0-10-juin-canal-de-la-mer-noire-au-danube/ tsiganes

Il ne leur manquait que les drapeaux noirs avec les têtes de mort. Les pirates du Danube sont arrivés avec leurs petites barques lors d’une manœuvre du pousseur, juste à l’entrée du canal de la Mer Noire au Danube. « Les Tsiganes débarquent ! » crie Valérik dans la timonerie, visiblement coutumier du fait. Les membres de l’équipage ne peuvent rien faire. Et c’est par grappes que les voleurs grimpent sur notre embarcation pour voler la ferraille qui dort dans les barges. Comme si la marchandise était une ruche sur laquelle s’agglutineraient des abeilles. Les « Tsiganes » (ce mot claque comme une insulte dans la bouche d’un roumain lambda) grimpent pieds nus sur les montagnes de ferraille. Ces dernières doivent normalement être déchargées à Constanta avant de prendre la route pour la Turquie. Un pilleur me voit jouer avec mon appareil. Le problème, c’est qu’il n’y a ni pyramide, ni tour Eiffel à proximité pour faire diversion. Il sait que j’en ai après lui. Il me fait comprendre qu’il m’ouvrira le ventre si je continue. Et là, je ne sais pas pourquoi, c’est comme si mon appareil pesait des tonnes. J’ai comme une envie soudaine de le poser dans la timonerie et de lâcher ce foutu reflex. J’ai le ventre qui gargouille. Ils sont une vingtaine à trier les morceaux de métal, sans compter les matelots des barges qui acceptent de donner un coup de main contre une ou deux bouteilles de bière. Les « Tsiganes » ne récupèrent pas des boites de conserve, du grillage ou des pédaliers de vélo pour une prochaine sculpture métallique. Non, ils jouent dans la catégorie du radiateur, ou de la porte de camion. Ils remplissent tranquillement leurs barques sous les moustaches de Valérik : « J’ai appelé la police, mais regarde les ! » La police est là, oui, mais sur le rivage, à côté de leur voiture. « Ils ne feront rien, décrypte le capitaine. Ils attendent la fin des opérations pour aller voir le chef des Tsiganes et négocier leur part du butin. » Je ris. Marian, qui assiste à la scène à côté de moi, partage ce moment de bonheur : « Ce qui est surtout amusant, c’est de savoir que cette ferraille va être revendue en Roumanie. Et l’acheteur va sûrement faire appel à un recycleur qui chargera un bateau dans quelques mois pour exporter la marchandise en Turquie, à l’endroit exact où la ferraille devait aller. » Ce jour là, c est certain, les « Tsiganes » seront là pour récupérer quelques radiateurs.

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Anecdotes danubiennes. 9 juin, Roumanie. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/anecdotes-danubiennes-9-juin-roumanie/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/anecdotes-danubiennes-9-juin-roumanie/#comments Wed, 11 Jun 2008 09:06:49 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/anecdotes-danubiennes-9-juin-roumanie/ oiseau

Ce matin, c’est le coq qui m’a arraché du sommeil. Je les admire ces coqs. Contrairement aux hommes, ils n’ont pas été frappés par ce foutu syndrome de Babel. Qu’ils soient roumains ou français, elles parlent décidemment toutes le même langage ces volailles. Malgré la barrière de la langue, j’arrive quand même à communiquer avec tous les membres de l’équipage. La preuve ? Quand Relu m’a offert un cadeau hier (une peluche de marinier sur la photo dans la galerie), j’ai tout de suite compris ce qu’il voulait dire : « Le chapeau, c’est pour te dire qu’on est des mariniers. La grande bouche, c’est parce qu’on parle fort et qu’on raconte des mauvaises blagues. Les tongs, c’est parce qu’on en porte tout le temps. Le short pourri, c’est parce qu’on est toujours mal fagoté. Et le nez rouge… pas besoin de te faire un dessin. » Un peu d’allemand, un peu de roumain, un peu de français, un peu d’anglais : on arrive à se comprendre. Avant-hier, lors de mon quatrième repas de la journée (et encore, je suis obligé de décliner des invitations), j’expliquais à Nicu, un super cuistot, qu’il y a une tradition que je n’aime pas les restaurants de luxe en France, c’est celle de l’hôtelier qui s’approche comme un aimant à chaque fois qu’un verre est vide. Nicu a alors interpellé Jean qui fumait tranquillement une cigarette sous le soleil roumain à l’arrière de sa barge : « En France, au restaurant, il y a quelqu’un qui te remplit ton verre à chaque fois qu’il est vide ! Avec nous, il a intérêt à être du genre sportif le serveur. Parce qu’il faudrait qu’il vienne à notre table toutes les 3 secondes. » A la fin du repas, Nicu a jeté le contenu de la poubelle dans le fleuve. « Vous êtes trop bien éduqués en France », m’a-t-il rétorqué en voyant ma moue désapprobatrice. Il aurait au moins pu mettre des messages dans les bouteilles vides.

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La Mer Noire avec mon équipage préféré. 9 juin, Danube roumain. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/la-mer-noire-avec-mon-equipage-prefere-9-juin-danube-roumain/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/la-mer-noire-avec-mon-equipage-prefere-9-juin-danube-roumain/#comments Wed, 11 Jun 2008 09:02:56 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/la-mer-noire-avec-mon-equipage-prefere-9-juin-danube-roumain/

 

 

mosaique


J’ai la baraka. Le pousseur qui devait s’arrêter a Severin continue finalement sa course avec des barges gavées de ferraille vers Constanta. Constanta, c’est la Mer Noire. Encore trois jours de navigation, et j’aurais traversé l’Europe. En plus, je vais pouvoir partager ces moments sur le Danube avec mon équipage roumain préféré. Ca, c’est un luxe.

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Portes de Fer. 8 juin, Roumanie. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/portes-de-fer-8-juin-roumanie/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/portes-de-fer-8-juin-roumanie/#comments Wed, 11 Jun 2008 09:00:19 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/11/portes-de-fer-8-juin-roumanie/

portes de fer

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Un repas mémorable. 6 juin, Portes de Fer (Roumanie). http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/un-repas-memorable-6-juin-portes-de-fer-roumanie/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/un-repas-memorable-6-juin-portes-de-fer-roumanie/#comments Sat, 07 Jun 2008 14:42:38 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/un-repas-memorable-6-juin-portes-de-fer-roumanie/ repas

« Eh ! Arnold » Pas une minute ne passe sans que mon nom résonne dans la vallée du Danube. Et je peux vous jurer qu’une voix rocailleuse de marinier chauffée à blanc pendant plus de 30 ans, ça résonne. Maintenant que j’ai été adopté par le petit village flottant, les tapes dans le dos fusent au même rythme que les invitations. Hier soir, c’est chez Nicou que j’ai dégusté la mamaliga (purée de maïs) et le poulet barbecue arrosé à la bière. Yelari, le gars qui s’arrache la gorge sur la photo (je ne l’ai jamais entendu parler normalement, il faudra certainement qu’il perde ses cordes vocales pour arrêter de crier), et Marian nous ont rejoint pour fêter ça. « Ce soir, on célèbre le Christ », trinque Nicou en ouvrant une bouteille sans étiquette. Ce n’était pas de l’eau bénite. Question viande, notre hôte a décidé de sacrifier un de ses poulets. Et comme la pluie est venue chacailler les braises, Nicou a dû rentrer le barbecue dans sa cabine (il a ouvert les fenêtres quand même). On a mangé à la sénégalaise, avec les mains. Dans 20 ans, quand cette aventure se sera diluée dans le fleuve du temps qui passe, il restera ce petit îlot de souvenir : ce barbecue nocturne, sous la pluie, au milieu des falaises de la région de Kazan. Un pur moment de bonheur. « Je t’avais dit que j’étais un bon cuistot. Quand tu auras des enfants, tu viendras me voir en Roumanie. Et je leur ferai la même chose à manger. » En partant, Yelari a failli tomber à l’eau en pissant par-dessus la barrière. « Fais gaffe, a crié Nicou avant de se retourner vers moi. Une fois j’ai perdu un camarade dans une écluse comme ça. Plouf, on ne l’a jamais revu. Une autre fois, c’est une amarre qui a cédé et qui a coupé la tête de mon meilleur ami. » Nicou m’a lâché ça devant les braises mortes du barbecue. Il a bu un dernier verre. Et il est allé se coucher.

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Paysans du fleuve. Roumanie, 6 juin. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/paysans-du-fleuve-roumanie-6-juin/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/paysans-du-fleuve-roumanie-6-juin/#comments Sat, 07 Jun 2008 14:40:57 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/paysans-du-fleuve-roumanie-6-juin/

paysan

Il faut s’imaginer un bateau surpuissant équipé de six moteurs Caterpilar, pas seulement destinés à décorer la salle des machines (je le sais, je dors juste au-dessus). Devant, les neuf bateaux transformés en simples barges (des remorques flottantes pour simplifier) peuvent transporter jusqu’à 11000 tonnes de marchandises (imaginez 11000 tonnes de chamalots !). Avec les pilotes, ils sont huit ou dix à travailler sur le pousseur, le cœur du navire, à l’arrière. Devant, il y a un matelot par barge. Le centre-ville et la banlieue pour simplifier. Je dis ça car les deux catégories, « les pousseurs » et les « bargistes », ne se mélangent presque jamais. Devant, les Roumains tutoient presque tous la soixantaine. Leurs mains ressemblent à du bois, leurs pieds à des cailloux. Ils boivent de l’eau de vie artisanale et du vin conditionné dans des packs de lait. Ils survivent comme nos vieux paysans isolés, avec leur chien et leurs poules (une a été privée de son bec car elle mangeait les œufs qu’elle pondait), à l’extrême opposé du mode de vie des Hollandais avec qui j’ai vécu une semaine sur le Rhin. Devant, il y a aussi un couple, Jean et Michaëla. Leur barge est rapidement repérable, c’est celle qui sent toujours le café frais. Michaëla travaille comme deux mais ne touche pas un seul Lei, comme ces femmes agricultrices en France privées de retraite alors qu’elles ont passé leur vie dans les champs. L’hiver, tout le monde se chauffe au bois sur les barges pour économiser la gazoline. Ils la revendent ensuite au noir pour remplir leurs assiettes. C’est ça la vie sur un bateau roumain.

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Marian a épousé le Danube. 5 juin. http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/marian-a-epouse-le-danube-5-juin/ http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/marian-a-epouse-le-danube-5-juin/#comments Sat, 07 Jun 2008 14:38:52 +0000 arnaud http://bateaustop.blogsudouest.com/2008/06/07/marian-a-epouse-le-danube-5-juin/ marian

Marian (à droite sur la photo) est le seul roumain de l’équipage qui n’a pas grandi le long du fleuve. Il a fait ses études à Bucarest où il a appris l’anglais. Hier, Marian m’a montré ses photos : le bateau sous 50 centimètres de neige, le pont de Bratislava, les falaises de Roumanie, son pigeon. Son pigeon ? Un compagnon de route qui passe son temps à se regarder dans la glace de sa cabine. « Je l’ai récupéré en Hongrie. Il était blessé. Maintenant qu’il est soigné, j’attends que le bateau remonte vers Budapest pour le libérer à l’endroit où je l’ai récupéré. » Sur un bateau, ça fume, ça picole, ça balance des blagues grassouillettes au petit matin, ça pêche, ça regarde la télé, mais en aucun cas ça récupère des animaux en détresse. Marian vit ainsi, avec sa sensible virilité. Il travaille 9 ou 10 mois par an et touche 200 euros par mois, 100 quand il est à terre. « Je suis obligé de cultiver des légumes et de les vendre sur le marché pour survivre. » Il pourrait travailler pour une société allemande et quintupler son salaire, mais le jeune marinier a des problèmes de dos, « personne ne voudrait de moi ». « Et puis ici, on est une petite famille. » Marian est marié, rêve d’avoir un enfant du haut de ses 32 ans. « Mais ma femme n’en veut pas pour l’instant, elle trouve que je suis trop souvent absent. » Sa femme n’a pas tort. Quand on sait que Marian est en concubinage avec le Danube deux mois sur trois, elle a peut-être l’impression de n’être que sa maîtresse.

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