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Danube, montre moi tes fesses. 28 mai, Vienne.

fesses 2
Pas besoin d’etre a l’ocean pour faire bronzer ses fesses. Danube Plage, c’est un concept aussi…

29 mai 2008 - 4 commentaires
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C’est tellement stressant la vie sur un bateau. 27 mai, Vienne.

dodo

28 mai 2008 - 1 commentaire
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On deguste des kilomètres d’eau. Entre Regensburg et Vienne, 27 mai.

a table

Le Main à l’apéro, le canal du Main au Danube à l’entrée. Place au plat principal:2000 kilomètres de Danube. Ce matin, Daniel, Marian et Alexander ont changé leur carte sim du portable. Le bateau a dû franchir une frontière. Pas de ligne pointillée dessinée dans l’eau pourtant, comme sur ma carte Michelin. Mais je crois le capitaine sur parole:nous voilà en Autriche. Ce soir, nous déchargerons le million de litres d’huile de soja à Vienne. Une cargaison qui nous vient tout droit des Etats-Unis. Combien de litres de kérosène a-t-il fallu brûler pour transporter du soja liquide qui sera bientôt transformé en… carburant? Et dire qu’on appelle ça de “l’essence écologique”… Demain, le Janine reprendra sa route vers Bratislava, le cinquième pays éclaboussé après la France, l’Allemagne, la Hollande et l’Autriche. Six si on considère les pentes de la Croix-Rousse de Lyon comme une zone indépendante. Nous dodelinons comme des poissons migrateurs vers nos destinées, le Janine pour vider ses cuves, moi pour remplir mes poches de souvenirs. Hier, le temps d’un tour d’horloge, j’ai frotté le dos du tanker avec un balai brosse et de la lessive Saint-Marc. Et le bateau a continué à avaler des kilomètres. Sur une route pavée d’eau.

28 mai 2008 - 1 commentaire
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Un sommeil sans rêve. Dans la nuit du 24 au 25 mai, canal du Main au Danube.

file 

« Dans l’absence de tout repère visible, je sentais monter en moi cette atonie légère et progressive du sens de l’orientation, comme l’étourdissement commençant d’un malaise, au milieu d’une route où l’on s’est égaré. Sur cette terre engourdie dans un sommeil sans rêves, le brasillement énorme et stupéfiant des étoiles déferlait de partout en l’amenuisant comme une marée, exaspérant l’ouïe jusqu’à un affinement maladif de son crépitement d’étincelles bleues et sèches, comme on tend l’oreille malgré soi à la mer devinée dans l’extrême lointain. Emporté dans cette course exaltante au plus creux de l’ombre pure, je me baignais pour la première fois dans cette nuit comme dans une eau initiatique. Quelque chose m’était promis, quelque chose m’était dévoilé ; j’entrais sans éclaircissement dans une intimité presque angoissante, j’attendais le matin, offert déjà de tous mes yeux aveugles, comme on s’avance les yeux bandés vers le lieu de la révélation. » Ces mots appartiennent à Julien Gracq. Je lui vole ces lignes, non pas parce que l’auteur est parti sous d’autres cieux et que je ne crains pas les morts, mais parce que ses images chantent bien mieux que les miennes. Et la nuit dernière, en plein cœur du canal du Main au Danube, je me suis senti à Orsenna. Sur le rivage des Syrthes.

25 mai 2008 - 5 commentaires
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Daniel, l’enfant des Carpates. Le Main, 23 mai.

daniel 

Le capitaine Daniel, 39 ans, tourne à deux paquets de blondes et une dizaine de cafés par jour. Il grignote des pipasses, pousse des cris sous les ponts, et lance des « sehr schön » quand il voit une jolie blonde faire du vélo le long de la rivière. Un régime normal pour un pilote qui caresse la barre des bateaux depuis plus de 20 ans maintenant. Daniel parle le roumain et l’allemand, une langue fossilisée à jamais dans ma tête depuis mon horrible oral du bac. Mais j’arrive à comprendre mon capitaine préféré, surtout quand il me fait des dessins (je lui ai même fourni un petit calepin pour ça). De mon côté, je lui parle le « franglais ». Cet enfant des Carpates a quitté l’école de navigation fluviale de Guirgu en 1985 avant de travailler sur un pousseur du Danube pendant 10 ans. Puis trois ans durant, il a pris la barre d’un bateau-passager de la compagnie « Danau Star ». « Et j’ai décidé de partir en Allemagne en 1995 pour gagner 3 à 4 fois plus. » Aujourd’hui, Daniel gagne 2500-3000 euros par mois (un mois de travail pour un mois de repos). Un salaire qui lui permet de sponsoriser le restaurant de ses parents dans les montagnes roumaines. « Les armateurs travaillent généralement avec des pilotes de l’Est car ces derniers sont plus souples sur les horaires, rigole le capitaine. Aujourd’hui, je réfléchis à l’idée d’acheter un bateau pour travailler à mon compte, comme mon frère. » Son frère justement, on l’a croisé sur le Main du côté de Miltenberg. Il était à bord de l’Alfred, avec sa femme et ses trois enfants. La famille, c’est sacré en Roumanie. Alors la corne de brume du Janine a éternué pour fêter ça.

25 mai 2008 - Aucun commentaire
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En route pour la joie. Mayence, 22 mai.

joie 

Je suis arrivé à temps à Mainz (Mayence) pour attraper le « Janine », un tanker de 85 mètres transportant de l’huile de soja. Après avoir failli passer la nuit sous les ponts dans la banlieue de Rotterdam (j’ai finalement planté ma tente dans un parc public de Dordrecht avant de me faire expulser par un voisin apeuré (ils ne connaissent pas les tentes des Don Quichotte en Hollande visiblement) dans un camping des environs), changé 4 fois de train, profité de la finale de la Ligue des Champions dans le troquet du camping de Mainz en jouant à la belote avec trois ancêtres germaniques -peu avares sur la Kaiserbier soit dit en passant- et rejoint l’écluse de Kostheim, la première du Main, j’ai vu apparaître le museau du Janine, tel Jésus marchant sur l’eau (mais quand c’est un bateau, c’est moins impressionnant), dans les jumelles de l’éclusier (photo dans la galerie). En route pour la joie. Le capitaine Daniel, un roumain dont l’embonpoint n’a d’égal que sa gentillesse, m’accueille avec un sourire long comme une rivière. Il me met de suite à l’aise en me montrant ma cabine, réplique d’une vielle caravane défiant le temps et les hautes herbes au fond d’un champ. Pour vous situer le degré d’hospitalité qui règne sur le Janine, c’est Roman (à droite sur la photo), un des quatre membres de l’équipage, qui m’a cédé sa chambre. « Je dormirai sur le canapé de la pièce commune (le sofa de la photo) », m’a-t-il dit. Je suis gêné. Mais le jeune roumain me met à l’aise. De toute façon, « je dois me lever toutes les heures » pour maîtriser le bateau dans les 52 écluses qui saucissonnent le Main et le canal du Main au Danube. A côté de ma cabine, il y a le moteur latéral (le Deutz fait le même bruit qu’un vieux fumeur de Gitane se raclant la gorge pour en extirper un glaviot couleur pétrole), et la chambre d’Alexander (à gauche sur la photo), un ukrainien de 46 ans, solide comme une coque de péniche. Le rythme de vie à bord ? 6 heures de travail pour 6 heures de repos. Et on recommence. Pendant les temps libres, les téléphones portables fonctionnent plein pot (ils ont 8 cartes sim différentes selon les pays traversés). Les matelots cuisinent, picorent des dvd (j’ai vu qu’ils avaient de vieux pornos amateurs bulgares sur l’étagère), boivent du café. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas d’alcool à bord. Pour le choix des films, c’est chacun son tour. L’autre jour, Alexander m’a fait découvrir un film de guerre russe où des Tchétchènes se font massacrer comme des arbres amazoniens (le soldat russe, c’est le gentil, le Tchétchène c’est le barbu sanguinaire, c’est facile à comprendre). Quand le bateau s’immobilise le temps d’une écluse, Roman et Alexander règlent le satellite pour écouter les infos roumaines. Dans 10 jours, le bateau devrait arriver à Belgrade. Je vais avoir le temps de laver la coque du Janine d’ici là.

25 mai 2008 - Aucun commentaire
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Aide internationale. Mainz, 22 mai.

tetris

J’attends le bateau miracle à Mainz, au niveau de la première écluse du Main. Hier j’ai appelé le capitaine roumain qui ne parle ni anglais, ni français. Pour fixer le rendez-vous, j’ai lance un SOS a Rémy, l’éclusier de Strasbourg qui a pu parler au capitaine en allemand. Un peu complique mais au moins ca marche. Vive l’aide internationale.

22 mai 2008 - 5 commentaires
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Désolé Anna, je n’avais pas le choix. 20 mai, Rotterdam.

fin solex


Alors que je m’apprêtais à quitter le nouvel équipage du Philos, je reçois un coup de téléphone de Tony Nicolay de H et S (c’est celui qui m’a mis en contact avec le capitaine André). « J’ai trouvé un bateau pour toi qui descend jusqu’à la Mer Noire. Il part de Duisbourg ce soir. » Plusieurs centaines de kilomètres me séparent du bateau miracle. Je vais devoir prendre le train. Je téléphone à la Sncf hollandaise qui m’annonce la mauvaise nouvelle :les solex sont interdits dans les trains. Je vais devoir abandonner mon Bouzin si je veux être au rendez-vous ! J’avais promis de ramener le Solex à ma petite cousine Anna qui est née à Avignon pendant mon séjour dans le Vaucluse. Désolé Anna, mais je n’ai pas le choix. Dis toi que le Bouzin est entre de bonnes mains aujourd’hui. Je l’ai donné aux filles du capitaine du Philos qui habite à Rotterdam. Elles en prendront bien soin. Elles m’ont même dit qu’elles iraient à Avignon avec le jour où elles seront plus grandes. En abandonnant mon petit Solex, mon fidèle destrier, mon compagnon de route, je verse quelques larmes de Solexine. Une page de mon périple se tourne. Désolé Anna, vraiment.

22 mai 2008 - 4 commentaires
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Le plein d’essence, c’est 50000 litres. 20 mai, Rotterdam.

plein

Le Philos a pondu ses derniers containers à Rotterdam. C’est la fin du service pour le quatuor. Un nouvel équipage arrive. André, Dominique, Roma et Daniel me souhaitent bonne chance pour la suite. « Toi tu restes à bord du bateau. Tu ne pourras jamais descendre dans cette partie du port avec ton Solex. Les autorités ne comprendraient pas comment tu es arrivé là. » Pour rejoindre le cœur de Rotterdam, je vais devoir attendre le bateau essence qui vient se coller au Philos, tel un rémora, en pleine navigation. Je transfère mon Solex sur le ravitailleur. Le plein d’essence dure une bonne heure : les compteurs indiquent 50000 litres (630 euros les 1000 litres, faites le calcul). L’autre soir, André a calculé la différence de consommation entre un bon (virage à la corde, jeu du courant…) et un mauvais pilote. Sur un Rotterdam-Strasbourg (660 kilomètres), le pilote expérimenté mettra 12 heures de moins que le débutant, consommera 3600 litres de carburant en moins, soit une économie de 2300 euros.

22 mai 2008 - Aucun commentaire
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Du gros, du lourd. 20 mai, Rotterdam.

gros bato

A bord d’un navire qui traverse les oceans (d’autres photos dans la galerie).

22 mai 2008 - Aucun commentaire
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Vertige. Rotterdam, Europort, 19 mai.

grue


J’ai eu une idée stupide. Monter en haut d’une grue de chargement. Là où la cabine du docker renifle l’air marin à 60 mètres d’altitude. Dominique va voir le chef de service en lui disant que je travaille pour un grand magazine français et que je suis un photographe réputé. Il me fait un clin d’œil. Le bluff fonctionne. Quelques minutes plus tard, un type me fait monter en haut de la grue qui tangue comme un bateau. La vue sur le port de Rotterdam est imprenable. J’observe les travaux d’extension du port. « Le port de Rotterdam sera le plus grand du monde », m’explique René aux commandes de la grue. Du haut de sa cabine, il manipule les containers comme un enfant joue au Lego. « C’est un Tetris géant », rigole le fan de Fayenoord. « Un jour, j’ai fait tomber un container à l’eau, faut faire gaffe quand même. » Là haut ça remue à faire vomir un rugbyman après sa première bière. « A la fin du service, je suis comme un milk-shake. Mais c’est un boulot sympa. Pas besoin d’avoir les pieds sur terre. »

22 mai 2008 - 2 commentaires
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Un port de malade. Rotterdam, 19 mai.

port

Il faut s’imaginer un port long de 30 kilomètres, avec des bateaux grands comme l’enfer. « Ca fait un bon moment que je fais ce métier. Mais à chaque fois que j’arrive à Rotterdam, j’ai un pincement au cœur », témoigne Dominique. La fierté prend le dessus. On dépasse le pont Erasmus, que les bateliers hollandais surnomment « le pont Rock’n roll » : « Quand il y a du vent, il se dandine comme Elvis. » Les grues remplissent l’horizon. Sur les quais, les « Eléphants » (voitures géantes qui transportent les containers) se déplacent comme des félins. Sur le pont du bateau, Daniel guide le docker qui décharge les containers. Avant ses grands gestes, le Polonais ressemble à un chef d’orchestre. Les grues ne sont que des musiciens qu’il dirige à sa guise. André s’amuse en me voyant écarquiller les yeux : « Tu vois les voitures sur le quais. Et bien il n’y a aucun conducteur dedans. Elles sont programmées pour aller d’un point A à un point B grâce un GPS. Evite de te mettre en travers de leur route quand tu fais des photos… »

22 mai 2008 - Aucun commentaire
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Le chocolat, c’est à côté des boites de vitesse. 19 mai, le Rhin.

containers

Le Philos transporte la bagatelle de 160 containers récupérés à Basel (Suisse) et Kehl (Allemagne). Ils ont été méticuleusement déposés par des dockers sur les 180 mètres de l’embarcation (110 de bateau et 70 mètres de barge). « J’ignore ce que je transporte. Je sais juste que j’ai du chocolat, des boites de vitesse, des habits et du gaz à bord », énumère le capitaine. J’observe le logiciel qui lui permet de gérer les boites métalliques géantes : « Les bleus c’est pour le premier terminal à Rotterdam, les rouges pour le second, les jaunes pour le troisième. On range les containers en fonction de leur ordre de déchargement. » En fin d’après-midi, je monte au quatrième étage des containers pour faire quelques clichés. Je suis impressionné. « Et encore, ce n’est qu’un bateau pour le transport fluvial. Tu verras à Rotterdam les navires qui prennent la mer pour Singapour ou les Etats-Unis. Ils transportent plus de 2000 containers. » Plein comme un œuf, le Philos peut transporter jusqu’à 4 étages de containers. « C’est difficile d’avoir une visibilité, même avec la timonerie levée au maximum. On a un angle mort de 300 mètres devant nous. » Que les kayakistes se rassurent : le radar embarqué permet de voir, sur l’écran de contrôle, s’il y a des obstacles sur l’eau.  

22 mai 2008 - Aucun commentaire
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Foundiougne se met au transport de containers? 19 mai.

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Petit coucou a Amadou, a tous les amis du Sine-Saloum, et au Lensois du Senegal. (la photo a ete recuperee par le capitaine du Philos)

21 mai 2008 - Aucun commentaire
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C’est bon pour le moral. Le Rhin, 18 mai.

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Lever à 6 heures, café en intraveineuse, salve de photos. Je tombe amoureux de ce Rhin où les usines géantes allemandes se désaltèrent comme des girafes au bord d’un lac. Mercedes, Bayer, BASF, des centrales nucléaires… C’est impressionnant. Je donne un coup de main à Daniel et Roma pour laver le pont du bateau. « On nettoie une fois par semaine. Après, il y a les peintures, la vérification des moteurs, les multiples réparations et le chargement et déchargement des containers. Il y a de quoi s’occuper », m’explique Daniel dans un anglais « polonnisé ». Il me parle de ses six maisons en Pologne et de son bateau de course. Il me dit que la vie sur le Philos est agréable : « Deux semaines de travail sur le bateau, et deux semaines de repos chez moi en Pologne. » Daniel m’a prêté ses bottes pour laver le Philos. Maintenant, à chaque fois qu’il me croise, il me sort une cigarette en disant « ARRRNO ! ». C’est pendant une petite pause clope qu’il a pris cette photo de moi d’ailleurs.

21 mai 2008 - 3 commentaires
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Coucher de soleil entre l’Allemagne et les Pays-Bas. 17 mai.

coucher sleil

21 mai 2008 - 1 commentaire
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”C’est facile.” Le Rhin, 17 mai.

andre 

Les mauvaises nouvelles se sont diluées dans le Rhin. Je suis tombé sur un équipage adorable sur le Philos : André le propriétaire du gros porteur (180 mètres de long avec la barge), Dominique le second pilote, et les deux Polonais « Daniel und Roma ». The Captain me propose même de me garder à bord jusqu’à Rotterdam. Un gros détour (voir la carte). Mais découvrir un des trois plus gros ports au monde (30 kilomètres de long !), ça ne se refuse pas. Je vais profiter des trois jours de trajet pour activer de nouvelles pistes sur le Main et le Danube. Autre bonne nouvelle : l’atelier du bateau me tend les bras, je vais pouvoir réparer la remorque de mon Solex. Je sympathise vite avec André, qui a acheté son porte containers il y a deux ans, après avoir revendu sa péniche familiale : « Contrairement à la France, les banquiers hollandais n’hésitent pas à prêter de l’argent pour l’achat d’un gros bateau. Ils savent que le transport fluvial est rentable. » Il y a quelques mois, André a passé un contrat avec un affréteur. Et il effectue un trajet régulier de 600 kilomètres entre Basel (Suisse) et Rotterdam. Deux allers-retours par mois. Le propriétaire du Philos emploie sept personnes (2 équipages) pour assurer le transport des containers sur le Rhin. En vendant son vieux bateau, André a laissé sa femme et ses deux filles sur la terre ferme à Rotterdam. Le trentenaire est désormais un véritable chef d’entreprise. Pourtant, il n’a pas perdu ses racines de marinier dont il a hérité de ses ancêtres : « Tous les jours, je vais m’isoler à l’avant du bateau pour regarder le Rhin dans les yeux. C’est à ce moment là que je me dis que la vie est facile. » Nous passons devant le château de Pfalz, planté sur l’île de Kaub. Je lui demande s’il n’a pas l’impression d’être le Roi du Rhin sur sa petite île nommée Philos. « Quand j’étais petit, ma mère me disait : « si tu n’es pas sage, tu dormiras seul dans le château de Pfalz. Aujourd’hui, j’en ai peur. Alors j’évite de me prendre pour un roi pour ne pas finir dans un château. De toute façon, si tu te crois invincible, le Rhin te rappelle vite à l’ordre. » 

17 mai 2008 - 2 commentaires
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Coups durs: j’ai envie de m’acheter une moto et de tracer a Moscou. Kehl, 17 mai.

moto 

Pourquoi suis-je resté si longtemps bloqué à Strasbourg? Je ne faisais qu’attendre un bateau ukrainien qui devait passer à Mayence le 20 mai pour me déposer à Izmaël dans le delta du Danube, à quelques coups de rame de la Mer Noire. Un bon plan en somme. Comment faire pour trouver un si bon plan? C’est à Saint-Jean-de-Losne que j’ai fait la rencontre d’un vieux marinier, Joël. Ce dernier m’a présenté à un armateur hollandais, Ted. Ce dernier m’a mis en contact avec un journaliste allemand spécialisé dans le transport fluvial, Axel. Ce dernier m’a mis en relation avec un affréteur hollandais, Tijs… Un jeu de domino long et fastidieux, mais indispensable. Le bateau-stop sur les gros porteurs ne ressemble pas au stop pratiqué sur le bord de la route. Desormais, il faut montrer patte blanche, prouver qu’on est journaliste, présenter son passeport, dealer des photos… L’affréteur m’avait assuré que le bateau ukrainien pouvait me déposer au terminus du Danube, moi et mon Bouzingrin. Il fallait juste trouver un autre bateau avant pour parcourir les 210 kilomètres qui séparent Strasbourg de Mayence (l’entrée du Main et donc du Danube). C’est grâce à Tony, un responsable français de Haeger & Schmidt (societe specialisee dans le transport fluvial), que j’ai pu monter sur le bateau d’un hollandais prénommé André. Mais quelques minutes avant d’embarquer sur le Philos, au port de Kehl, j’apprends que le plan « bateau magique » Mayence-Izmaël tombe à l’eau. L’affréteur n’était en fait qu’un beau parleur. C’est à ce moment précis que j’ai compris que rejoindre Moscou va etre très compliqué. Très très compliqué. J’ai mis plusieurs semaines pour établir les contacts pour descendre le Danube. Il va falloir que je recommence tout à zéro. Et pour la partie russe, je n’ai pour l’instant pas reçu de réponses. Cerise sur le gâteau, juste avant d’arriver au port de Kehl, je casse le roulement de mon chariot. Les problèmes s’accumulent. J’ai presque envie de revenir à Strasbourg pour voler la moto incrustée sur cette drôle de péniche (voir photo). Moscou, ce n’est pas pour demain.

17 mai 2008 - 4 commentaires
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Le feu au Rhin? Strasbourg, 16 mai.

 

pompier 

C’est à l’écluse Nord de Strasbourg que je fais la rencontre de Yannick (sur la photo), un des pilotes français du bateau-pompier Europa 1, mis à l’eau cette année sur le Rhin. Non sans avoir franchi toutes les écluses administratives (« bonjour mon colonel responsable du Sdis, puis-je monter sur votre bateau rouge ? », ça m’a rappelé de bons vieux souvenirs du journal « Sud Ouest »). L’esthète de la manoeuvre aquatique est lui aussi issu d’une famille de mariniers. Comme si le Rhin coulait dans ses veines. Quand la France et l’Allemagne décidèrent de construire un bateau de sauvetage de 2,5 millions d’euros dans cette région ultra industrialisée, Yannick s’est tout de suite porté candidat pour dompter le fauve. Aujourd’hui, ils sont neuf (quatre français et cinq allemands) à se relayer à la barre d’Europa 1, un bolide de 23 mètres de long propulsé par deux moteurs de 1100 chevaux chacun. A pleine vitesse, l’embarcation frôle les 50 km/h (je peux peut-être atteindre cette barrière en rajoutant un deuxième moteur au Bouzingrin). « Avec la proximité de toutes les usines qui longent le Rhin, les risques d’incendie sont grands. C’est pour cette raison qu’ils ont fabriqué ce bateau », explique l’Alsacien qui est déjà intervenu plusieurs fois depuis février: un feu de copeaux de bois au port de Kehl (rive droite, côté allemand), quelques noyés (« c’est difficile d’arriver à temps… »), et un autre incendie dans une usine strasbourgeoise. Cette fois-ci, une des deux lances a craché de la boue (« on a pompé un peu trop près du bord… »). Mais le feu a été éteint. La semaine dernière, une péniche mal chargée (c’est-à-dire trop remplie au milieu) a failli se briser en deux du côté de l’écluse de Gambsheim. Les pompiers ont dû sortir leur bateau de super héros pour sauver l’équipage. Dans quelques mois, le mastodonte allemand BASF, peut-être un peu gêné d’avoir pollué le Rhin pendant tant d’années, va offrir un bateau identique aux soldats du feu de Mannheim. C’est une ville que je frôlerai demain. Car demain, je franchis ma première frontière.

17 mai 2008 - Aucun commentaire
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Frontières. 6 mai, Strasbourg.

picubu

« Picubu » m’avait laissé quelques messages sur le blog pour m’inviter sur son bateau, un magnifique Luxmotor de 20 mètres amarré sur le canal de la Marne au Rhin, à Vendenheim exactement. Histoire de dégourdir un peu les pneus du Solex, je file voir cette famille flottante (photo) qui coule des jours heureux sur le Rataka. Ancien pilote à la gendarmerie fluviale du Rhin, Rémy est aujourd’hui éclusier à VNF. « J’ai les oreilles qui sifflent quand j’entends parler mes amis mariniers », sourit-il. Ses voisins, d’anciens bateliers alsaciens justement, viennent partager une magnifique choucroute avec nous. Ils parlent du bon vieux temps, cette époque où il fallait montrer patte blanche aux douaniers sur le Rhin. Petit florilège : « On préférait vider les bouteilles de quetsche et de mirabelle dans l’eau plutôt que de leur laisser la marchandise. » « Une fois j’ai entendu du bruit dans la soute pendant mon sommeil. Quelqu’un était en train de voler mon chargement. J’ai enfermé le voleur dans le bateau. Quand les policiers sont arrivés, ils se sont rendus compte que le chapardeur n’était autre qu’un douanier ! » Les mariniers déversent des litres d’anecdotes dans mes oreilles. Ces souvenirs me rappellent une histoire glanée il y a quelques jours à Saint-Jean de Losne. Un vieux marinier, amoureux de pigeons, m’avait parlé d’un passage de frontière difficile sur le Rhin. Le douanier lui reprochait de ne pas avoir les documents des services vétérinaires pour aller en Allemagne avec ses dizaines de pigeons qui roucoulaient dans la soute du bateau. « Pour ne pas m’emmerder avec la paperasse, j’ai ouvert le hublot pour faire dégager tous mes pigeons. Et comme ils étaient bien dressés, ils sont revenus sur le bateau quelques kilomètres plus loin. Incognito.» Depuis, les frontières ont disparu. Et la plupart des mariniers, eux, se sont envolés dans l’oubli.

6 mai 2008 - 12 commentaires
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